Sahara à l’ONU: Moscou bloque le texte américain, la MINURSO reste sans mandat

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nze voix pour, une contre, trois abstentions. Ce vendredi 30 octobre à New York, le projet de résolution américain sur le Sahara avait la majorité du Conseil de sécurité, mais la voix contre était celle de la Russie, membre permanent, et son veto a suffi à le faire tomber. Dans la foulée, le texte concurrent de Moscou n’a réuni que trois voix. Aucune résolution n’est donc adoptée, et le mandat de la MINURSO, la mission de l’ONU au Sahara, expire ce samedi 31 octobre.

Ce que proposait Washington

Les États-Unis, qui rédigent les textes sur ce dossier, voulaient prolonger la mission d’un an en changeant sa nature. Le « R » de MINURSO, pour « référendum », devait disparaître: la mission serait devenue la MINUSO dès le 1er novembre.

Le texte faisait du plan d’autonomie marocain la seule base des négociations, demandait au HCR de recenser sous six mois la population des camps de Tindouf et prévoyait une mission allégée.

Ce qu’a fait la Russie

Seule à voter contre, la Russie a mis son veto, pendant que la Chine, le Pakistan et la Somalie s’abstenaient.

Pour son ambassadeur Vassili Nebenzia, Washington a perdu toute neutralité en reconnaissant la souveraineté marocaine, et le Conseil n’a pas à trancher une question de souveraineté. Moscou tient à l’option référendaire au nom de l’autodétermination.

La riposte américaine

La Russie a alors soumis son propre texte, d’une page: un an de plus, sans toucher au nom ni aux missions de la MINURSO. Seules la Russie, la Chine et la Somalie l’ont soutenu.

Les États-Unis ont voté contre, et onze membres se sont abstenus, dont la France et le Royaume-Uni. Le vote américain n’a même pas été décisif, puisqu’il manquait six voix pour atteindre les neuf requises.

L’ambassadeur américain Mike Waltz a accusé Moscou d’avoir usé de son veto pour sauver la lettre R d’un référendum que l’ONU elle-même juge irréalisable depuis vingt ans. Paris a regretté que la Russie ne se soit pas abstenue et jugé qu’une fin brutale du mandat serait « particulièrement préoccupante ».

Photo: la salle du Conseil de sécurité, au siège de l’ONU à New York. Jdforrester, CC BY 4.0. Galerie: véhicule de la MINURSO à Laâyoune (Anass Sedrati, CC BY-SA 4.0), le quartier général de la mission à Laâyoune (cingularite, CC BY-SA 2.0), le camp d’El Aaiún à Tindouf (Jørn Sund-Henriksen, CC BY-SA 3.0).

Pourquoi une lettre pèse autant

La MINURSO naît en 1991 pour organiser un référendum d’autodétermination qui n’aura jamais lieu, l’identification des votants s’enlisant dès les années 1990. En 2007, le Maroc propose son plan d’autonomie.

En 2020, Washington reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara. Le 31 octobre 2025, la résolution 2797 fait de l’autonomie la base des négociations, Moscou s’abstenant. Retirer le « R », c’était inscrire cette trajectoire dans le nom même de la mission. Cette fois, la Russie a dit non.

Et maintenant ?

Sans nouveau texte, la mission perd demain sa base juridique, et aucun nouveau vote n’était annoncé vendredi soir. Trois issues restent ouvertes: une prorogation technique de quelques semaines, un texte américain révisé qui obtiendrait l’abstention russe comme en 2025, ou l’expiration pure et simple, qui laisserait en suspens la surveillance du cessez-le-feu.

Rabat tourne la page

Le Maroc a répondu dans la soirée par un communiqué du Cabinet royal qui renverse la lecture du vote. Loin d’y voir un revers, Rabat y salue « un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies » et en tire la conséquence sur le terrain:

« La non-reconduction du mandat de la Minurso signifie clairement que la présence de cette Mission dans les provinces du sud du Royaume, notamment à travers son personnel, ses véhicules, son matériel et ses symboles, devrait cesser dans les prochains jours. »

Le communiqué parle d’« une page de 35 ans » désormais tournée, celle d’une mission « héritée d’un contexte anachronique et révolu ». Il en attend aussi le retrait de la question de l’ordre du jour du Conseil, et donc la fin des réunions périodiques, des rapports du Secrétaire général et des briefings de son Envoyé personnel.

Le Royaume se dit en revanche toujours attaché au cessez-le-feu, et annonce des démarches similaires dans d’autres instances de l’ONU.

Ce que cela change pour le Maroc

Le veto russe devait préserver la MINURSO, il pourrait précipiter sa fin. Sans mandat, la mission perd sa base juridique, et le pays qui l’accueille sur son sol demande désormais son départ. Le veto n’efface pas non plus la résolution 2797, qui fait de l’autonomie la base des négociations.

Reste une inconnue: le Conseil peut encore adopter un texte avant l’expiration du mandat, et l’ONU n’a pas dit comment elle organiserait le retrait de ses équipes. Alger et le Polisario n’avaient pas réagi officiellement vendredi soir.

Références:

SNRT News (X) - Communiqué du Cabinet Royal, 30/10/2026

Hespress - Le Maroc satisfait de la non reconduction du mandat de la Minurso

Mike Waltz (X) - Russia just vetoed a U.S. resolution, backed by 11 Security Council members

Morocco World News - Referendum ‘Will Not Happen,’ US Says After Russian Veto Sinks Sahara Resolution

Morocco World News - US Vetoes Russian Draft Resolution on Western Sahara

LeBrief - La Russie justifie son veto au projet américain sur le Sahara et accuse Washington d’avoir renoncé à sa neutralité

Le360 - Sahara: trois voix sur quinze, le vrai poids du camp d’Alger à l’ONU

Le360 - Après le veto russe, quatre scénarios pour le Sahara

Le Desk - Sahara: Paris dénonce le veto russe et s’alarme d’une fermeture brutale de la Minurso

Cadena SER - Rusia veta en la ONU la resolución de EEUU sobre el Sáhara Occidental

TSA - Sahara occidental: la Russie oppose son veto à la résolution américaine

Hespress - What happens next after Russia’s veto of US Sahara resolution?

Wikimedia Commons - Security Council chamber, Jdforrester, CC BY 4.0