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Le Haïk Marocain, un Héritage Culturel et Religieux

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e Haïk ou également appelé « izar », figure parmi les tenues emblématiques et traditionnelles marocaines que les femmes, mais aussi les hommes, portaient à l'extérieur et par-dessus leurs vêtements. Dans une terre musulmane, les croyants accordent une importance extrême à la modestie manifestée à travers les vêtements, le Haïk, caractérisé par sa couleur unie, épurée ainsi que son ampleur, est, dans l’esprit collectif un symbole de pureté et d’élévation.

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Le Haïk est composé d'une grande pièce d'étoffe d'environ 5 mètres sur un mètre soixante qui enveloppe le corps de la tête aux pieds, ce vêtement revêt deux fonctions, l'une protectrice, contre le froid et le soleil notamment, et la seconde religieuse en dissimulant le corps de la femme et la préservant des regards indiscrets.

Même si l'art du drapé était déjà présent durant la période Antique, il n’est pas précisément établi de quelle manière il a apparu sous cette forme au Maroc. Néanmoins, il est connu que le mot haïk dérive du verbe « tisser » en arabe.

Durant l'époque Mérinide, au 13-ème siècle, des fatwas qui sanctionnaient les femmes qui ne se couvraient pas assez furent largement diffusées.

Tout porte à croire qu’il s’agit donc d’un vêtement adopté au Maroc, sous cette forme, dans le cadre du renforcement de son islamisation.

Au fil des siècles, par conséquent, le port du Haïk est devenu un héritage culturel et religieux important au Maroc comme en témoignent les peintures, les gravures, la photographie mais aussi les livres.‍

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À titre d’exemple, dans l’Occident Chrétien, l'une des premières références du port du Haïk au Maroc est celle de Luis del Mármol Carvajal au 16-ème siècle en évoquant les Imazighen de la région Haha :

« Les femmes portent une espèce de manteau ; cet habit s'appelle hayque ».

On le retrouve aussi en 1699 dans la revue française de Mercure Galant :

« Les présents qu'Abdallah offrit à Louis XIV de la part de Mouley-Ismaël […] consistaient en une selle brodée, une peau de tigre, huit heyques, cinq peaux de lion, et quatre douzaines de peaux de maroquin rouge »

Au cours de l’histoire, de nombreux écrits font également mention de l'utilisation de ce vêtement au Maroc, notamment ceux d'Olfert Dapper, Pidou de St. Olon, Mouette, Georg Host, toutefois, énumérer tous ces textes serait fastidieux.

Dans l’historiographie Arabe en revanche, l’historien-chercheur Vogelsang-Eastwood spécifie que la plus ancienne trace littéraire du Haïk se retrouve dans l’ouvrage « Rawd Al Qirtas » publié au début du 14-ème siècle.

Il souligne également que la ville de Fez, était un point central important de fabrication et d’exportation en Afrique et en Ibérie.

Monument de la Mujer Vejeriega à Cadiz, Espagne.

Ainsi, le Maroc a toujours été réputé pour son textile destiné à l'habillement, et notamment pour son Haïk :

• Des documents du 16-ème siècle, mentionnent que le roi du Portugal avait commandé en 1519 à un commerçant de Safi 9000 Haïks, comme démontré à travers les travaux des archivistes Mohamed Sijelmassi, Abdelkébir Khatibi et El-Houssaïn El-Moujahid.

• Le Haïk marocain et notamment celui de Doukkala, se retrouvait même aux confins du Sahel comme souligné par l’historien enseignant-chercheur Michel Abitbol dans son volume dédié au commerce transsaharien.

• L’ethnographe et psychiatre français Gaëtan Gatian de Clérambault avait mené une étude intitulée « Women with the traditional Haïk » au 19-ème siècle, il révèle que le Haïk s’exportait du Maroc principalement à Alger et Tlemcen.

Plus tard, « Le Commerce & l’Industrie à Fès » du chroniqueur Charles-René Leclerc publié au 20-ème siècle, montre encore que le Haïk de soie fabriquée à Fès s'exportait en Algérie, en Tunisie et en Égypte. Le commerce du Haïk exporté depuis le Maroc était également un phénomène observé et témoigné par les chroniqueurs d'art Théo Laujoulet (1951) Paul Edel (1902), tous deux présents en Algérie.

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Un inventaire dressé à cette même période par Jean Besancenot a permis de recenser 6 types de Haïk féminin au Maroc.

La différence réside dans la couleur de drapé, le type de tissu et la technique pour se l'envelopper.

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Ère de déclin

C’est durant les années 40 avec un discours de Lalla Aïcha, fille de Mohammed V, que l'histoire de ce vêtement marque un tournant.

Lalla Aïcha, invite les femmes marocaines à soutenir l'indépendance en allant travailler, par conséquent, les Marocaines troquent alors leurs Haïks contre la Jellaba de leurs époux, jugée plus confortable pour pouvoir travailler.

La capuche de la Jellaba est ainsi utilisée en foulard à l'aide d'épingles. Elles ne sortiront jamais sans une petite voilette qui ne laisse paraître que leurs yeux, appelée ngab ou ltam dans certaines régions.

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Cet événement marque le début du déclin du Haïk au Maroc, mais le début de la féminisation de la Jellaba. De nos jours, le Haïk au Maroc a presque disparu. Il subsiste encore dans quelques villes, notamment à Chefchaouen, Essaouira et Figuig.

En dépit que le port du Haïk s’est raréfié dans le Maroc moderne, en 2019, une lueur d’espoir a émergé, en effet, un groupe de jeunes femmes se sont mobilisé afin d’encourager les Marocaines à porter ce vêtement afin de préserver ce patrimoine culturel et religieux menacé de disparition.

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Références :

Rawd El Qirtas, 'Alī ibn ʻAbd Allāh Ibn Abī Zarʻ al-Fāsī, début XIVe siècle

Luis del Mármol Carvajal, XVIe siècle

Women with the traditional Haik, Gaëtan Gatian de Clérambault, XIXe siècle

Le Commerce & l’Industrie à Fès, Charles-René Leclerc, XXe siècle

Mercure Galant, 1699

Costume du Maroc, Jean-Pierre Besancenot, 1934

For Modesty's Sake, Gillian Vogelsang-Eastwood, 1996