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La Colonisation Espagnole du Maroc, de Tétouan à la Marche Verte

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L

e 6 février 1860, l’armée du général O’Donnell entre dans Tétouan. Madrid exulte: on baptise l’affaire « guerra de África », la presse la raconte comme une croisade retrouvée, et la Députation de Barcelone dépêche un jeune peintre, Marià Fortuny, pour immortaliser la victoire sur une toile monumentale. Détail que l’histoire retiendra: Fortuny ne terminera jamais son tableau.

Derrière le décor romantique, les chiffres racontent une autre guerre. Sur les quelque quatre mille morts espagnols de la campagne, près de trois mille ont été emportés par le choléra, non par les combats. Et la paix, signée à Oued Ras le 26 avril 1860, coûtera au Maroc bien davantage qu’une ville occupée: une indemnité de quatre cents millions de réaux, soit vingt millions de duros (cent millions de pesetas dans la monnaie qui viendra plus tard). Le trésor chérifien ne peut pas payer. Il emprunte donc à Londres en 1861, et gage ce qu’il a de plus précieux: ses douanes. Des agents européens s’installent dans les ports marocains pour compter les recettes, dont la moitié part rembourser l’Espagne. C’est par cette porte, ouverte à Tétouan, que tout le reste entrera.

Il faut savoir que l’Espagne n’arrivait pas en terre inconnue. Melilla était occupée depuis 1497, Ceuta (prise portugaise devenue espagnole par le traité de Lisbonne de 1668) depuis deux siècles, et les îlots s’égrenaient le long de la côte comme des créances: le peñón de Vélez, Alhucemas, puis les Chafarinas, saisies en janvier 1848 quelques jours avant l’arrivée d’une colonne française partie d’Oran. La côte marocaine était déjà, notons-le, une compétition franco-espagnole dont le Makhzen était l’enjeu plutôt que l’arbitre.

Cet article met le cap sur le versant le plus méconnu de la colonisation du Maroc: le versant espagnol. Cent seize ans séparent la chute de Tétouan du départ du dernier soldat espagnol d’El Aaiún, en février 1976. Entre les deux: un partage négocié en secret, un protectorat en sous-location, une république dans la montagne qui humiliera un royaume, des armes que les conventions interdisaient déjà, une décolonisation en quatre actes inégaux (1956, 1958, 1969, 1975), et une mémoire qui, un siècle plus tard, n’est toujours pas soldée. Nous verrons aussi ce que cette aventure a fait à l’Espagne elle-même: car l’armée qui s’est fabriquée dans le Rif est celle-là même qui dévorera la République espagnole en 1936.

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Le partage

Deux documents, un même jour

Le 3 octobre 1904, la France et l’Espagne signent à Paris une déclaration solennelle: les deux puissances se disent « fermement attachées à l’intégrité de l’Empire marocain sous la souveraineté du Sultan ». Le même jour, dans le même bureau, les mêmes signataires paraphent une convention secrète de seize articles qui découpe cet empire en zones d’influence, de l’embouchure de la Moulouya jusqu’à l’Atlantique. L’article III prévoit même le scénario de la curée: si « l’état politique du Maroc et le gouvernement chérifien ne pourraient plus subsister », l’Espagne pourrait « exercer librement son action » dans sa sphère. Deux textes, une même journée, deux vérités contraires.

Un article de cette convention secrète mérite qu’on s’y arrête, car il porte en germe un contentieux qui n’éclatera que soixante et onze ans plus tard:

« Le gouvernement de la République française reconnaît dès maintenant au gouvernement espagnol pleine liberté d’action sur la région comprise entre les degrés 26° et 27°40’ de latitude nord et le méridien 11° ouest de Paris, qui sont en dehors du territoire marocain. »

— Convention secrète franco-espagnole, article VI, 3 octobre 1904

« En dehors du territoire marocain »: la formule, glissée dans un texte que personne ne devait lire, fonde la distinction juridique entre le protectorat (que l’Espagne devra rendre) et la « colonie » du Sahara (qu’elle prétendra garder). Le dossier du Sahara marocain de 1975 a été rédigé là, dans le secret d’un bureau parisien, en 1904.

Algésiras, ou la fiction devient machinerie

Restait à habiller l’affaire. Ce sera l’œuvre de la conférence d’Algésiras, réunie en janvier 1906 après le coup de théâtre de Tanger (Guillaume II y avait débarqué en mars 1905 pour se poser en protecteur de l’indépendance marocaine, au grand dam de Paris). L’acte général, signé le 7 avril 1906, proclame dans son préambule « la souveraineté et l’indépendance de Sa Majesté le Sultan » et « l’intégrité de ses États ». Puis les articles déroulent la machinerie: la police des huit ports ouverts au commerce est confiée à des instructeurs français et espagnols (espagnols à Tétouan et Larache, français à Rabat, mixtes à Tanger et Casablanca: la carte des zones de 1912 est déjà là, répétée six ans à l’avance), et la Banque d’État du Maroc, dotée du monopole d’émission pour quarante ans, est placée sous la tutelle des banques centrales d’Europe. Douze puissances garantissent une indépendance qu’elles administrent déjà. Ajoutons à cela le régime des protégés consulaires, verrouillé dès la convention de Madrid de 1880, qui soustrayait à l’impôt et à la justice du Sultan une clientèle croissante de Marocains: la souveraineté qui ne peut plus ni taxer ni emprunter n’est déjà plus qu’un mot.

Un protectorat en sous-location

Le 30 mars 1912, à Fès, le sultan Moulay Abdelhafid signe le traité de protectorat avec la France. Le texte est d’une clarté brutale: un Commissaire résident général, « dépositaire de tous les pouvoirs de la République au Maroc », approuvera et promulguera tous les dahirs; et Sa Majesté chérifienne « s’interdit de contracter à l’avenir, directement ou indirectement, aucun emprunt public ou privé » sans autorisation française. Quelques mois plus tard, les émeutes de Fès noieront la signature dans le sang (nous avons raconté ces journées ailleurs), et Abdelhafid abdiquera avant la fin de l’été.

Quant à l’Espagne, elle ne traite même pas avec le Sultan. Sa zone lui est concédée par la France, dans la convention franco-espagnole du 27 novembre 1912: un protectorat en sous-location. L’architecture juridique vaut le détour. Les régions du nord restent en théorie « sous l’autorité civile et religieuse du Sultan », mais elles seront administrées par un khalifa résidant à Tétouan, choisi par le Sultan… sur une liste de deux noms présentée par l’Espagne, révocable seulement avec le consentement de Madrid, et flanqué d’un haut-commissaire espagnol qui gouverne pour de vrai. Le dernier alinéa de l’article premier avoue la fiction: aucune responsabilité ne pourra être imputée au gouvernement chérifien pour ce qui se passera dans la zone espagnole.

Et la dot est à l’avenant. Les articles 10 et 11 obligent la zone espagnole à se financer sur ses propres ressources et interdisent au Makhzen d’y contribuer; l’article 12 fixe sa part des charges d’emprunt du Maroc à 7,95 % des douanes. L’Espagne reçoit ainsi le Rif et le Jbala: 21 000 kilomètres carrés de montagnes, un septième de terres arables, moins de 8 % de l’assiette douanière du pays. La France a Casablanca, les plaines, Fès, les ports et bientôt les phosphates; l’Espagne a un pays vertical, une fiction juridique et une armée. Si l’histoire de la zone espagnole s’écrira en campagnes militaires plutôt qu’en cadastres, ce n’est pas une affaire de tempérament national: c’est un article de traité. Tanger, enfin, est réservée: la ville aura son statut international en 1923.

Carte: le partage de 1912 — zones espagnoles et française, Tanger internationale, Ifni et le Sahara sous titre colonial, sur un Maroc d’un seul tenant (The Moorish Times).
Le partage de 1912 (carte: The Moorish Times).
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La République du Rif

Le fer avant le sang

La guerre du Rif a un prologue, et ce prologue est en fer. Au tournant du siècle, le prétendant Bou Hmara, qui tenait les tribus autour de Melilla, cède à des intérêts espagnols l’exploitation des gisements de fer des Beni Bou Ifrour: ainsi naîtra en juillet 1908 la Compañía Española de Minas del Rif, avec son chemin de fer qui s’enfonce vers les collines. C’est cette intrusion-là, physique, arpentable, qui transforme la méfiance en guerre. Le 9 juillet 1909, des ouvriers du rail sont tués; Madrid mobilise ses réservistes; et le 27 juillet, au ravin du Loup (le Barranco del Lobo), une colonne espagnole est taillée en pièces, son général, Guillermo Pintos, au nombre des morts. Le bilan officiel (cent cinquante tués environ, six cents blessés) est modeste au regard de celui que la mémoire populaire espagnole retiendra: les complaintes chanteront des milliers de morts, et l’écart entre le chiffre officiel et le chiffre ressenti est déjà toute l’histoire. Une copla anonyme de 1909 fixera cet écart pour toujours:

« Melilla ya no es Melilla, / Melilla es un matadero / donde van los españoles / a morir como corderos. »

— copla espagnole anonyme, 1909 (« Melilla n’est plus Melilla, Melilla est un abattoir où les Espagnols vont mourir comme des agneaux »)

La mobilisation des réservistes, elle, mettra Barcelone à feu et à sang une semaine après le rappel: c’est la Semaine tragique.

L’âme de cette première résistance s’appelle Mohamed Ameziane, chef des Beni Bou Ifrour, qui mènera cinq années de guerre contre les positions minières et proclamera le jihad en 1911. Nous lui avons consacré un portrait entier, tant son rôle de précurseur fut décisif. Il tombe le 15 mai 1912 près de Kaddour, et son corps est porté dans Melilla pour identification. Si le récit espagnol dit vrai, parmi ceux qui se penchèrent sur la dépouille se trouvait un jeune fonctionnaire du Bureau des affaires indigènes: un certain Abdelkrim.

Action au porteur de la Compañía Española de Minas del Rif, la société minière au cœur du déclenchement de la guerre.
Action au porteur de la Compañía Española de Minas del Rif.

L’initié

Ce qui rend Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi singulier parmi les chefs de la résistance marocaine, c’est que l’Espagne l’a formé. Né en 1882 à Ajdir, dans la tribu des Aït Ouriaghel, fils de qadi, il étudie quelques années à Fès (dont la Qaraouiyine), puis fait toute sa carrière dans la Melilla coloniale: rédacteur au Telegrama del Rif, où il plaide pendant près d’une décennie pour que les musulmans s’approprient la technique européenne, secrétaire-interprète du Bureau des affaires indigènes à partir de 1910, qadi en chef de Melilla vers 1914. Son frère cadet M’hamed, premier Rifain inscrit dans une université européenne, étudie les mines à Málaga puis à Madrid. La rupture vient par la Grande Guerre: soupçonné de sympathies allemandes (le soupçon visait d’abord son père), Abdelkrim est emprisonné à Chefchaouen de 1916 à 1918. Libéré, il reprend son poste, puis, en décembre 1918, le quitte sans retour. En 1920, les deux frères commencent à souder les tribus. L’État colonial avait produit son ennemi le plus compétent.

Anoual

En face, le général Manuel Fernández Silvestre, commandant général de Melilla, avance vite, trop vite: en un an, sa ligne s’étire vers la baie d’Alhucemas en un chapelet de plus d’une centaine de petites positions, souvent sans eau. Le 1er juin 1921, le poste d’Abarrán tombe. À la mi-juillet, Igueriben meurt de soif: sur trois cents hommes, environ vingt-cinq survivants. Le 22 juillet, la ligne cède à Anoual, et la retraite devient déroute, jusqu’aux portes de Melilla. Silvestre disparaît dans la débâcle; on ne retrouvera jamais son corps, et l’Espagne se disputera longtemps ses trois morts possibles. Les survivants du général Navarro tiennent douze jours au mont Arrouit, se rendent le 9 août contre promesse de vie sauve, et sont massacrés. Selon les sources, la catastrophe aura coûté à l’Espagne entre huit mille et treize mille morts (dont plus de deux mille supplétifs marocains): le chiffre haut est celui de l’enquête officielle espagnole elle-même, l’Expediente Picasso.

Ces jours-là, la presse madrilène offre un document d’anthologie. Le 24 juillet, deux jours après Anoual, la une d’ABC montre… des plongeurs allemands à Berlin. Le 26, elle devient un mur de portraits d’officiers tombés, et le ministre de la Guerre explique le jour même que Silvestre a agi « sans communiquer ses plans ni au général Berenguer ni au gouvernement »: le mort est coupable, l’affaire est close. Elle ne le sera pas. L’enquête du général Picasso, ouverte le 4 août 1921, accumulera près de deux mille quatre cents folios sur l’« inconscience » et la « témérité » du commandement; la commission parlementaire des responsabilités remontera des généraux aux ministres, et des ministres au roi Alphonse XIII, dont le télégramme d’encouragement à Silvestre est resté proverbial. Le vote des Cortes était fixé au 2 octobre 1923. Le 13 septembre, le général Primo de Rivera suspend la Constitution. Le coup d’État n’a pas seulement enterré un régime: il a enterré un dossier.

Un épilogue dit mieux que tout la suite des priorités espagnoles. En janvier 1923, l’armateur basque Horacio Echevarrieta rachète les trois cent cinquante-sept derniers prisonniers d’Anoual contre quatre millions de pesetas (plus les compléments qu’il avancera de sa poche). L’envoyé spécial d’ABC décrit la scène à Melilla:

« L’accueil a été grave et triste, comme il convenait à l’occasion et au moment. Sur le quai attendaient huit voitures pour transporter les malades, et un corbillard pour le corps du soldat mort pendant la traversée. »

— ABC, 30 janvier 1923 (traduit de l’espagnol)

Le même reportage précise que la médaille des Souffrances pour la Patrie ne serait pas accordée « en bloc » aux rescapés: il faudrait d’abord ouvrir des dossiers individuels pour établir les causes de chaque captivité. L’État soupçonnait jusqu’à ses propres victimes.

Un État dans la montagne

Deux mois après Anoual, le 18 septembre 1921, les tribus réunies autour d’Abdelkrim proclament à Ajdir un État: la République du Rif. Ce ne sera pas un simple drapeau planté sur une victoire. En 1922 et 1923, l’État rifain se donne des institutions: une assemblée de représentants des tribus, un gouvernement (les affaires étrangères à Mohammed Azerkane, l’armée à M’hamed, frère du président), des tribunaux qui substituent la charia au droit coutumier, un impôt, et jusqu’à une monnaie, le riffan, qui circulera peu. En juin 1922, une délégation rifaine se présente à Londres pour saisir la Société des Nations. L’historien britannique C.R. Pennell résumera l’affaire dans le titre même de son livre: un pays avec un gouvernement et un drapeau. C’est précisément ce qui affola Paris et Madrid: non pas une révolte tribale de plus, mais l’apparition, sur la carte de l’Afrique du Nord, d’un État qui ne devait rien au protectorat, et rien à la dynastie. Une génération plus tard, pourtant, les deux causes n’en feront qu’une: c’est la zone du nord qui refusera, en 1953, le sultan de remplacement imposé par la France.

L’homme, lui, refusera toujours qu’on l’enferme dans les catégories de ses adversaires: interrogé un jour sur l’identité de son peuple, il répondra en substance que les Rifains parlent l’arabe, langue du Coran, et se comprennent en berbère, langue de leurs ancêtres.

Abdelkrim El Khattabi en couverture de TIME, 17 août 1925.
Abdelkrim en couverture de TIME, 17 août 1925.

La chute

Pendant trois ans, l’armée rifaine tient tête à l’Espagne: Tizzi Azza en novembre 1922 puis en juin 1923 (où meurt le chef de la Légion, Valenzuela, remplacé au pied levé par un certain Francisco Franco), la retraite humiliante de Chefchaouen fin 1924. Puis, au printemps 1925, Abdelkrim commet la faute que l’histoire militaire discutera longtemps: il attaque la zone française sur la ligne de l’Ouergha. En dix semaines, quarante-huit postes français sur soixante-six tombent, et Fès se prépare à évacuer. Mais la France n’est pas l’Espagne. La conférence de Madrid (juin-juillet 1925) scelle la coordination des deux empires; le maréchal Pétain prend le commandement au Maroc en septembre; et le 8 septembre 1925, treize mille hommes débarquent dans la baie d’Alhucemas, appuyés par une flotte franco-espagnole et cent quarante-quatre avions. L’opération est considérée comme le premier assaut amphibie moderne (chars, aviation et marine dans un seul plan), et la version espagnole veut que le colonel Franco ait débarqué dans la première vague; la presse du jour, plus prosaïque, cite d’abord le général Saro. Au printemps 1926, cent vingt-trois mille hommes convergent vers Targuist. Les 26 et 27 mai, Abdelkrim se rend: aux Français, et non aux Espagnols, qui voulaient un procès et un peloton. La France offrait l’exil; il négocie sa reddition et part pour vingt et un ans à La Réunion.

Son retour dans l’histoire sera digne d’un roman. En 1947, le paquebot qui le transfère vers la Côte d’Azur fait escale à Port-Saïd: Abdelkrim descend à terre et se place sous la protection du roi Farouk. « Je suis un homme fatigué et malade », dira-t-il à la presse; le Quai d’Orsay, lui, dénoncera un procédé « contraire aux traditions d’honneur ». Du Caire, il présidera le Comité de libération du Maghreb arabe et refusera de rentrer tant qu’un soldat étranger foulerait le sol nord-africain (il déclinera l’invitation de Mohammed V lui-même). Il meurt le 6 février 1963. Sa correspondance avec Hô Chi Minh pendant la guerre d’Indochine est documentée, et ses appels aux soldats maghrébins de l’armée française firent trembler les états-majors; le reste (Mao, le Che, la légende du « père de la guérilla moderne ») relève du mythe, et le mythe n’a nul besoin de nous: la réalité suffit.

Car la guerre du Rif a laissé un legs plus sombre encore, du côté espagnol. Les officiers qui s’y sont faits (Franco, Sanjurjo, Millán-Astray, Muñoz Grandes, Varela: la promotion « africaniste ») y ont appris une guerre sans règles et une politique sans civils. Comme l’a démontré l’historien Sebastian Balfour, l’armée qui se soulèvera en juillet 1936 contre la République espagnole s’est fabriquée dans le Rif. L’Espagne a colonisé le Maroc, et cette colonisation l’a dévorée à son tour.

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Les armes interdites

Un calendrier d’approvisionnement

Anoual tombe le 22 juillet 1921. Le 12 août, trois semaines plus tard, le haut-commissaire Dámaso Berenguer télégraphie à Madrid: il s’était toujours refusé, écrit-il, à employer les gaz asphyxiants contre ces populations, mais après ce qui vient de se passer, il les emploiera « avec une vraie satisfaction ». Le 20 août, l’Espagne approche l’Allemagne. En décembre, elle achète 50 000 litres de chloropicrine. Au printemps 1922, un atelier de chargement d’obus fonctionne à Melilla. En octobre 1922, une commission placée sous le patronage du roi propose de monter les gaz sur avions. Fin 1923, le contrat de la grande usine est signé. Qu’on relise cette chronologie: ce n’est pas une dérive, c’est un calendrier d’approvisionnement.

La filière allemande

Restait à trouver le fournisseur, et il s’appelait Weimar. Interdite d’armes chimiques par le traité de Versailles, l’Allemagne vendit à l’Espagne son surplus, ses brevets et ses hommes, par l’entremise de la maison Stoltzenberg, façade privée d’un accord d’État: Hugo Stoltzenberg, chimiste des gaz de la Grande Guerre, prendra même la nationalité espagnole pour diriger l’usine qu’il bâtissait près de Madrid. Cette usine porte un nom qu’il faut écrire en toutes lettres: Fábrica Nacional de Productos Químicos Alfonso XIII. La fabrique de gaz moutarde portait le nom du roi, et le site, rebaptisé La Marañosa, abrite aujourd’hui un institut de recherche du ministère espagnol de la Défense. Le nom est à lui seul tout l’argument.

Pleuvoir sur les souks

Les gaz arrivent par l’artillerie dès l’automne 1921; l’ypérite arrive par les airs à l’été 1924. Entre les deux, l’Espagne perfectionne sa guerre chimique: obus rechargés à Melilla, bombardements nocturnes (la chaleur du jour dissipait les nappes), et ciblage que les conseillers allemands recommandaient précisément parce que le gaz moutarde contamine ce qu’il touche: les champs, les sources, les souks aux heures d’affluence. Le mécanisme n’est pas tactique mais agraire: on empoisonne la récolte et le puits, et la tribu se rend parce qu’elle a faim. Les historiens allemands Rudibert Kunz et Rolf-Dieter Müller, premiers à documenter l’affaire dans les archives, comptent plus de dix mille récipients chimiques (obus et bombes) et plus de 500 tonnes d’agents déversés. La France elle-même, dans les derniers mois de la guerre, fournira des munitions chimiques à son propre front (leur emploi au combat est moins documenté, la fourniture ne fait aucun doute); l’usage espagnol, lui, fut systématique, aérien, et dirigé contre l’habitat civil.

Aucun document n’a jamais fait dire à l’aviateur ce que l’aviateur a écrit lui-même. Ignacio Hidalgo de Cisneros, futur chef de l’aviation républicaine espagnole, racontera dans ses mémoires l’été 1924; ses mots ont été lus au Congrès des députés espagnol en 2007:

« Il m’échut en ces jours-là d’accomplir une besogne véritablement ignoble, qui me valut le honteux et triste privilège d’être le premier aviateur à larguer de l’ypérite depuis un avion. Il est curieux de voir combien d’années durent passer avant que je prenne conscience de la monstruosité que je commettais en gazant les villages maures. »

— Ignacio Hidalgo de Cisneros, Cambio de rumbo; cité au Congrès des députés, 14 février 2007 (traduit de l’espagnol)

Quant au roi Alphonse XIII, la littérature espagnole lui prête des mots d’extermination; ces citations circulent sans cote d’archive, et un livre paru en 2026 en conteste l’authenticité. Nous ne les imprimerons pas: le télégramme de Berenguer, la commission royale de 1922 et le nom de l’usine suffisent amplement à situer les responsabilités.

Compter ce qui n’a jamais été compté

Reste la question qui hante le Rif d’aujourd’hui: celle du cancer. Posons d’abord ce qui est établi. Que l’Espagne a gazé des civils: prouvé, archives à l’appui, en quatre langues. Que le gaz moutarde est cancérogène pour l’homme: établi (il figure au groupe 1 du CIRC, et les vétérans iraniens exposés dans les années 1980 développent presque deux fois plus de cancers que les autres). Mais entre ces deux certitudes et l’affirmation courante (« le gaz de 1925 cause les cancers de 2026 ») s’étend un vide que personne n’a comblé. Il n’existe, à ce jour, aucun registre du cancer couvrant les provinces du Rif, aucune étude cas-témoins, aucune campagne d’analyse des sols et des eaux. Les chiffres qui circulent n’ont pas même le même statut: « la moitié des cancers du Maroc » remonte, quand on le trace, à une impression de couloir d’hôpital livrée dans un colloque en 2008, jamais à une étude, et le « 80 % des malades de Rabat » ne porte, lui, aucune attribution du tout; l’historienne María Rosa de Madariaga, qui a pourtant documenté la guerre chimique mieux que personne, juge aventuré de lui attribuer les cancers actuels. Et le seul jeu de données régional disponible place la province de Nador parmi les moins touchées de l’Oriental: non parce que le Rif se porte bien, mais parce que le Rif n’est pas compté.

C’est peut-être là le scandale le plus durable: un peuple qui se croit empoisonné et à qui l’on refuse jusqu’à la mesure. En 2019, l’association Mémoire du Rif a porté le dossier à La Haye, devant l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques:

« Nous avons présenté l’an dernier une pétition au Secrétariat général pour l’envoi d’inspecteurs de l’OIAC dans le Rif… nous n’avons malheureusement reçu aucune réponse. »

— Abdelmajid Azzouzi, Association Mémoire du Rif, 24e Conférence des États parties de l’OIAC, La Haye, novembre 2019 (traduit de l’anglais)

Reconnaissance, ouverture des archives militaires, liberté d’enquête, réparation, et une cinquième demande qui en dit long (détecter les zones contaminées, étudier enfin les effets à long terme): les cinq demandes de l’association tiennent en une phrase, et aucune n’a reçu de commencement de réponse. Personne n’a écrit en retour. Le silence, ici, est une politique.

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Le long crépuscule

Les Regulares et les lettres confisquées

L’ironie voulut que la guerre suivante de l’Espagne commence au Maroc. Le 17 juillet 1936, c’est à Melilla et Tétouan que se lève le soulèvement contre la République espagnole, et c’est avec des dizaines de milliers de soldats marocains (les estimations sérieuses vont de soixante-quinze mille à plus de cent mille hommes, dont des milliers de mineurs) que Franco gagnera sa guerre. Beaucoup furent recrutés dans un Rif que la famine des années 1934-35 achevait, dix ans après les gaz. Le régime saura d’ailleurs jouer de sa zone: dès décembre 1936, Franco légalise le parti nationaliste d’Abdelkhalek Torres à Tétouan, non par générosité, mais parce qu’un nationalisme marocain toléré au nord était une aiguille plantée dans le flanc de la zone française. Il en restera un fait: le nord eut des partis légaux et une presse quand le sud n’en avait pas.

De cette rencontre forcée entre le Rif et l’Espagne, les archives ont gardé une trace bouleversante, exhumée récemment par deux chercheurs dans les fonds d’Alcalá de Henares: des centaines de lettres d’amour entre soldats marocains et femmes espagnoles, confisquées par la censure franquiste qui voyait dans ces unions une menace pour le « prestige de la race ». « Quand reviendras-tu en Espagne ? », écrit Carmela, de Grenade, en 1944; sa lettre ne sera jamais remise. Une directive de 1937 ordonnait d’empêcher ces mariages « sans les interdire ouvertement ». L’Espagne voulait bien que les Marocains meurent pour elle; elle ne voulait pas qu’ils soient aimés.

La zone qui n’a pas suivi

Le 20 août 1953, la France dépose Mohammed V et l’exile (en Corse, puis à Madagascar). Ce jour-là, la fiction juridique de 1912 se retourne contre ses auteurs: la zone espagnole refuse de suivre. Le khalifa Moulay El Hassan ben El Mehdi ne reconnaît pas Ben Arafa, le sultan de remplacement installé par Paris, et Tétouan devient l’un des poumons du nationalisme marocain. Dans les mosquées de la zone, la prière du vendredi continuera de se dire au nom de Mohammed V: le détail est consigné par l’historiographie espagnole elle-même. L’Espagne franquiste, trop heureuse d’embarrasser la France, laisse faire, sans obtenir pour autant du khalifa la dissidence qu’elle espérait. Le royaume était coupé en deux zones; il n’eut, ces années-là, qu’un seul roi légitime, et le nord le savait.

Deux indépendances et un reliquat

La France cède la première: la déclaration du 2 mars 1956 met fin au protectorat français. L’Espagne suit le 7 avril, à Madrid, en reconnaissant l’indépendance et l’unité territoriale du Maroc (une formule que Rabat lui rappellera pendant soixante-dix ans), non sans se féliciter, dans sa presse, d’avoir fait disparaître du texte le mot « interdépendance » que la France avait imposé au sien. Le 29 octobre, la conférence de Fedala rend Tanger au Maroc. Mais l’Espagne ne rend pas tout, et c’est ici que la géométrie juridique dessinée en 1904 déploie ses effets. Madrid conserve quatre choses, au nom de quatre théories différentes: la zone sud du protectorat (Tarfaya), qu’elle devra logiquement restituer; Ifni, qu’elle tient d’une cession du traité de 1860; le Sahara, qu’elle tient pour colonie (« en dehors du territoire marocain », disait l’article secret de 1904); et les présides de Ceuta et Melilla, qu’elle proclame villes espagnoles. Quatre statuts, quatre calendriers: la décolonisation du nord ne sera pas un acte, mais un compte à rebours en quatre temps.

La guerre que personne ne raconte

Car l’armée de libération marocaine, elle, n’attendait pas les juristes. À l’automne 1957, sa branche sud attaque les positions espagnoles du Sahara et met le siège devant Sidi Ifni; en janvier 1958, à Edchera, la Légion espagnole compte quatre-vingt-sept hommes hors de combat en une seule journée. La réplique vient en février, et elle vient à deux: neuf mille soldats espagnols et cinq mille français, sous cent cinquante avions, mènent ensemble l’opération Écouvillon-Teide contre les combattants marocains du Sahara. Deux ans après avoir reconnu l’indépendance du Maroc, les deux anciennes puissances protectrices font campagne commune contre des Marocains: le fait est têtu, et nous le rapportons tel quel. La diplomatie referme la parenthèse en avril: par les accords dits d’Angra de Cintra (1er avril 1958), l’Espagne restitue la zone de Tarfaya, remise au Maroc à Villa Bens le 10 avril, en présence du prince héritier Moulay Hassan. Premier temps du compte à rebours.

L’horloge des Nations unies

Le deuxième temps se joue à New York. Le 16 décembre 1965, l’Assemblée générale « prie instamment » l’Espagne de prendre immédiatement les mesures nécessaires « pour la libération des territoires d’Ifni et du Sahara espagnol de la domination coloniale ». L’Espagne s’exécute sur un dossier et s’arc-boute sur l’autre: Ifni est rétrocédée par le traité de Fès du 4 janvier 1969 (le drapeau espagnol y descend le 30 juin), mais le Sahara, « provincialisé » depuis 1958, s’industrialise au contraire: les phosphates de Boucraâ entrent en exploitation en 1973. En août 1974, Madrid annonce enfin un référendum d’autodétermination; le Maroc répond en portant la question devant la Cour internationale de Justice.

Le 16 octobre 1975

L’avis de la Cour tombe le 16 octobre 1975, et chacun n’en citera jamais que la moitié qui l’arrange. Le texte mérite mieux:

« Les éléments et renseignements portés à la connaissance de la Cour montrent l’existence, au moment de la colonisation espagnole, de liens juridiques d’allégeance entre le sultan du Maroc et certaines des tribus vivant sur le territoire du Sahara occidental. […] En revanche, la Cour conclut que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n’établissent l’existence d’aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental d’une part, le Royaume du Maroc ou l’ensemble mauritanien d’autre part. »

— Cour internationale de Justice, avis consultatif du 16 octobre 1975

Des liens d’allégeance reconnus (par quatorze voix contre deux), aucune terra nullius (à l’unanimité), pas de souveraineté territoriale établie, et un renvoi à l’autodétermination: l’avis donnait à chacun sa moitié de phrase. Hassan II, lui, avait préparé la sienne. Le soir même, il annonce au peuple marocain une marche pacifique vers le Sahara. Trois semaines plus tard, le 6 novembre 1975, trois cent cinquante mille volontaires (le chiffre officiel, sélectionné par quotas provinciaux sur plus d’un demi-million d’inscriptions) franchissent la frontière à Tah, Coran et drapeau en main, sans une arme. Nous avons raconté ailleurs cette Marche Verte; tenons-nous-en ici à sa mécanique diplomatique, qui fut d’une précision d’horloger. Le 9 novembre, le roi rappelle les marcheurs. Le 14, à Madrid, l’Espagne d’un Franco mourant signe avec le Maroc et la Mauritanie une déclaration de principes qui transfère les responsabilités et pouvoirs que l’Espagne détient sur le territoire « en tant que puissance administrante »: l’administration, non la souveraineté, et le texte enregistré aux Nations unies n’en dit pas un mot de plus. Franco meurt six jours plus tard. Le 26 février 1976, l’ambassadeur Jaime de Piniés écrit au Secrétaire général que l’Espagne « met fin définitivement, à compter de ce jour, à sa présence sur le territoire ». Cent seize ans après Tétouan, le dernier soldat espagnol quitte le sol saharien; le Maroc réintègre ses provinces du sud, et une autre histoire (celle du conflit entretenu depuis Alger) commence, qui n’est pas le sujet de ce dossier.

Carte: les rétrocessions espagnoles de 1956 à 1976 — zone nord, Tarfaya, Ifni, Sahara (The Moorish Times).
Les quatre rétrocessions, 1956-1976 (carte: The Moorish Times).
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Ce qui reste

La mémoire à trois voix

Que fait l’Espagne de ce passé ? La réponse tient en une séance de commission. Le 14 février 2007, le Congrès des députés examine une proposition demandant la reconnaissance de la guerre chimique du Rif et un geste de réparation. La députée qui la défend rappelle que « pour le Rif, ce fut son Guernica »; un élu du Parti populaire ironise sur la confusion possible entre « le Rif et le Ritz »; et la proposition est rejetée par trente-trois voix contre trois, majorité et opposition confondues. La séance aura même son contre-argument rituel: le rappel des bombardements du Rif par le Maroc indépendant lui-même en 1958-1959, brandi comme à chaque débat espagnol, et comme à chaque fois sans source primaire. Rien n’a bougé depuis: ni en 2018, ni en 2022. Il serait pourtant injuste de réduire l’Espagne à ce refus. Le conscrit espagnol d’Anoual, ce paysan d’Estrémadure parti mourir parce qu’il n’avait pas les deux mille pesetas qui dispensaient d’Afrique, fut lui aussi une victime du système (la gauche espagnole le dit d’ailleurs volontiers, c’est sur le reste qu’elle se tait). Et la société civile bouge parfois plus vite que l’État: au printemps 2026, cent ans presque jour pour jour après la reddition de Targuist, une association andalouse de défense des droits humains a lancé campagne pour la reconnaissance, l’ouverture des archives et des excuses solennelles. La même semaine, le Congrès accueillait la projection d’un documentaire célébrant le centenaire du débarquement d’Alhucemas. L’Espagne commémore l’opération qu’elle refuse d’examiner.

Les archives entrouvertes

Deux horloges tournaient pourtant en faveur de la mémoire. La première était législative: le gouvernement espagnol a approuvé en juillet 2025 un projet de loi sur l’information classifiée qui remplacerait la loi franquiste des secrets officiels de 1968 et déclassifierait d’office les documents de plus de quarante-cinq ans; la presse madrilène a aussitôt listé ce que ces cartons contiennent, à commencer par le dossier du retrait précipité du Sahara en 1975. Le texte n’atteindra jamais le vote: enlisé plus d’un an en commission, il est devenu caduc le 6 octobre 2026, le jour où la dissolution des Cortes a renvoyé les Espagnols aux urnes pour le 29 novembre. Les archives s’étaient entrouvertes; elles se sont refermées, et le prochain Parlement devra tout reprendre. La seconde horloge est diplomatique, et elle a déjà sonné: le 14 mars 2022, le chef du gouvernement espagnol écrivait à Mohammed VI que le plan marocain d’autonomie constituait « la base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour le territoire que l’Espagne avait quitté en 1976. La boucle ouverte par l’article secret de 1904 s’est refermée par une lettre. Restent Ceuta, Melilla et les îlots, dernier legs des cinq siècles de présides; nous avons consacré à Sebta un article entier, et le dossier n’a pas fini de vivre.

Il faut enfin revenir au Rif, car c’est là que ce passé refuse le mieux de passer. Un siècle après les bombardements, la région attend toujours son registre du cancer, ses analyses de sols, son étude épidémiologique: elle attend d’être comptée. Fortuny n’a jamais achevé la Bataille de Tétouan; l’Espagne n’a jamais achevé l’inventaire de ce qu’elle a fait au Maroc. Entre la toile inachevée des années 1860 et les archives scellées de 1975, c’est le même geste suspendu. Le Maroc, lui, a recousu son territoire morceau par morceau, de Tétouan à Tarfaya, d’Ifni à El Aaiún. Il peut attendre le reste: il a déjà démontré, quatre fois, que la patience aussi est une politique.

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Références:
  1. Déclaration et convention secrète franco-espagnoles du 3 octobre 1904; Acte général d’Algésiras (7 avril 1906); Traité de Fès (30 mars 1912); Convention franco-espagnole du 27 novembre 1912 — textes intégraux, Digithèque MJP, Université de Perpignan.
  2. Tratado de paz y amistad (Oued Ras, 26 avril 1860) — Colección de los Tratados, éd. officielle espagnole.
  3. Sebastian Balfour, Deadly Embrace: Morocco and the Road to the Spanish Civil War, Oxford University Press, 2002.
  4. C.R. Pennell, A Country with a Government and a Flag: The Rif War in Morocco, 1921-1926, MENAS Press, 1986.
  5. David S. Woolman, Rebels in the Rif: Abd el Krim and the Rif Rebellion, Stanford University Press, 1968.
  6. María Rosa de Madariaga, En el Barranco del Lobo. Las guerras de Marruecos, Alianza, 2005.
  7. María Rosa de Madariaga, Abd el-Krim el Jatabi. La lucha por la independencia, Alianza, 2009.
  8. Rudibert Kunz & Rolf-Dieter Müller, Giftgas gegen Abd el Krim. Deutschland, Spanien und der Gaskrieg in Spanisch-Marokko 1922-1927, Rombach, 1990.
  9. Germain Ayache, Les origines de la guerre du Rif, Publications de la Sorbonne / SMER, 1981.
  10. André Tardieu, La conférence d’Algésiras, Félix Alcan, 1908.
  11. Expediente Picasso — Archivo Histórico Nacional (PARES), FC-Tribunal Supremo, exp. 50.
  12. ABC (Madrid), éditions des 24-28 juillet 1921, 26 octobre 1921, 30 janvier 1923, 14 septembre 1923, 10-11 septembre 1925, 8 avril 1956, 7 novembre 1975 — Hemeroteca ABC.
  13. Blanco y Negro, 14 août 1921 — Hemeroteca ABC.
  14. TIME, « Peripatetics: After 21 Years », 9 juin 1947.
  15. Boletín Oficial de las Cortes Generales, Serie D nº 255, 7 septembre 2005 (proposition ERC); Diario de Sesiones del Congreso, Comisiones nº 747, 14 février 2007.
  16. Déclaration commune hispano-marocaine, Madrid, 7 avril 1956; Protocole de Fedala, 29 octobre 1956.
  17. Tratado de retrocesión de Ifni, Fès, 4 janvier 1969 — BOE-A-1969-694.
  18. Résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies 2072 (XX), 3292 (XXIX), 3458 A et B (XXX).
  19. Cour internationale de Justice, Sahara occidental, avis consultatif du 16 octobre 1975.
  20. Déclaration de principes de Madrid, 14 novembre 1975 — Recueil des Traités des Nations unies, vol. 988, I-14450.
  21. Lettre de l’Espagne au Secrétaire général des Nations unies, 26 février 1976 — A/31/56–S/11997.
  22. Statement by the Rif Memory Association, 24th OPCW Conference of the States Parties, La Haye, novembre 2019.
  23. Arthur Asseraf, « The Spanish-Moroccan letters of forbidden love that were never received », BBC News, décembre 2023.
  24. El País, 21 et 28 juillet 2025 (loi sur l’information classifiée; « Lo que ocultan los papeles secretos del franquismo y la Transición », M. González); Congreso de los Diputados, initiative 121/000067 (caduque le 6 octobre 2026); Real Decreto 806/2026 de disolución de las Cortes, BOE du 6 octobre 2026.
  25. José E. Martínez, « Chemical weapons in the Rif War », Frontiers in Political Science, octobre 2025.
  26. F. Ouahbi et al., registre hospitalier d’oncologie de Nador, 2023; Registre des cancers du Grand Casablanca.
  27. Mevliyar Er, « Abd el-Krim al-Khattabi: The Unknown Mentor of Che Guevara », Terrorism and Political Violence, 29:1, 2017.
  28. APDHA, campagne « Mémoire et réparation pour le Rif », 26 mai 2026; eldiario.es, 27 mai 2026.
  29. Jesús Albert Salueña, « Mohammed ben Arafa », in El Protectorado español en Marruecos. Repertorio biográfico y emocional, Iberdrola, 2015.
  30. Gerardo Muñoz Lorente, Valencianos en la Guerra del Rif (1909), Editorial Club Universitario, 2012.