Législatives 2026: le PAM appelé à diriger le gouvernement

I

l était un peu plus de trois heures et demie du matin, ce jeudi 24 septembre, lorsque le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a lu devant les micros des médias publics les résultats provisoires du scrutin de la veille.

Le Parti authenticité et modernité arrive en tête avec quatre-vingt-dix-sept sièges. Le Rassemblement national des indépendants, qui dirigeait le gouvernement depuis 2021, le suit avec soixante-six sièges, talonné par l’Istiqlal, soixante-cinq. Le Parti de la justice et du développement, que l’on disait fini il y a cinq ans, en remporte cinquante-quatre.

Ces chiffres ne désignent encore ni un chef du gouvernement ni une majorité. Ils ouvrent une séquence que la Constitution encadre étape par étape, et que l’on peut suivre sans rien connaître au jargon parlementaire.

Ce dossier la prend dans l’ordre: ce que les urnes ont dit, qui est le PAM, désormais appelé à diriger le gouvernement, ce qu’il promet et avec qui il pourrait gouverner, qui sont les autres forces de la Chambre, pourquoi aucun parti ne gouverne seul, et comment naît un gouvernement au Maroc. Il sera complété à mesure que chaque étape sera franchie.

Ce que les urnes ont dit

La Chambre des représentants, la chambre basse du Parlement, celle qui vote les lois et accorde ou refuse sa confiance au gouvernement, compte trois cent quatre-vingt-quinze sièges. Pour gouverner, il faut en réunir au moins cent quatre-vingt-dix-huit, soit la moitié plus un: c’est la majorité absolue. Aucun parti n’en approche. Le PAM, premier, en détient à peine un quart.

Derrière les quatre premiers viennent le Mouvement populaire (vingt-neuf sièges), l’Union socialiste des forces populaires (vingt-six), le Parti du progrès et du socialisme (dix-neuf) et l’Union constitutionnelle (dix-sept).

Six petites formations se partagent les vingt-deux sièges restants, dont huit pour le Mouvement démocratique et social et huit pour l’Alliance de la gauche. Quatorze formations au total siégeront dans la nouvelle Chambre.

Les gagnants et les perdants

Le mouvement le plus spectaculaire est celui du PJD. En 2021, le parti islamiste qui avait dirigé deux gouvernements successifs était tombé de cent vingt-cinq à treize sièges; il en retrouve cinquante-quatre, soit quatre fois plus.

Le PAM progresse de dix sièges. Le RNI, lui, en perd trente-six, et l’Istiqlal seize: les deux partenaires du PAM au sein du gouvernement sortant reculent nettement, quand le troisième avance.

Il faut noter que l’écart entre le RNI et l’Istiqlal tient à un seul siège, et que Médias24 prévient que ce classement provisoire pourrait encore s’inverser.

Le nombre de voix obtenu par chaque parti n’a pas encore été publié. Seuls les sièges sont connus à ce stade; les résultats détaillés viendront avec les chiffres définitifs.

Six électeurs sur dix sont restés chez eux

Quinze millions huit cent un mille cent soixante-deux Marocains étaient inscrits sur les listes électorales. Près de six millions ont voté, soit 38,08 % selon la déclaration du ministre.

Le chiffre annoncé mercredi soir à la fermeture des bureaux, 38,02 %, a été légèrement relevé dans la nuit, comme en 2021. C’est la participation la plus faible depuis 2007, où elle s’était établie à 37 %, loin des 50,35 % de 2021, quand un inscrit sur deux s’était déplacé.

Les écarts entre régions sont considérables. Selon le ministre, la participation a atteint 77 % dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra et 61 % dans celle de Dakhla-Oued Eddahab, quand la circonscription régionale de Casablanca-Settat s’est arrêtée à 34,60 %.

Mise à jour du 26 septembre: les résultats sont définitifs

Dans un communiqué publié le jeudi 25 septembre, le ministre de l’Intérieur a annoncé que les résultats définitifs du scrutin du 23 septembre correspondent parfaitement aux résultats généraux provisoires communiqués dans la nuit suivant le vote: la répartition des trois cent quatre-vingt-quinze sièges de la Chambre des représentants reste inchangée, le PAM en tête avec quatre-vingt-dix-sept élus.

Les commissions provinciales et régionales de recensement, présidées par des magistrats, ont achevé le décompte des voix et la proclamation des résultats, dressé les procès-verbaux et déposé un exemplaire auprès de la Cour constitutionnelle.

En vertu de l’article 86 de la loi organique relative à la Chambre des représentants, chaque candidat peut consulter ces procès-verbaux auprès de l’autorité administrative compétente durant huit jours complets à compter de leur dépôt.

Mise à jour du 29 septembre: Fatima Ezzahra El Mansouri nommée cheffe du gouvernement

Le Roi Mohammed VI a reçu le mardi 29 septembre, au Palais royal de Rabat, Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice de la direction collégiale du Parti Authenticité et Modernité, qu’il a nommée cheffe du gouvernement et chargée de former le nouveau gouvernement, a annoncé le ministère de la Maison royale, du Protocole et de la Chancellerie dans un communiqué.

La nomination intervient, précise ce texte, « en vertu de l’article 47 de la Constitution », qui veut que le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants.

Le même article prévoit la suite: c’est sur proposition de la cheffe du gouvernement que le Souverain nommera les membres de la nouvelle équipe, laquelle devra ensuite obtenir la confiance de la Chambre.

Mise à jour du 30 septembre: premières consultations avec le RNI et l’Istiqlal

Au lendemain de sa nomination, Fatima Ezzahra El Mansouri a ouvert le mercredi 30 septembre, au siège du PAM à Rabat, les consultations destinées à former le nouveau gouvernement.

Elle a d’abord reçu une délégation du Rassemblement national des indépendants conduite par son président, Mohamed Chaouki, accompagné de Rachid Talbi Alami et de Mohamed Boussaid, puis celle du Parti de l’Istiqlal, conduite par son secrétaire général, Nizar Baraka, avec Mohamed Ould Errachid, Abdessamad Kayouh et Abdeljabbar Rachidi.

Abdellatif Ouahbi, Fouzi Lekjaa et Ahmed Akhchichine siégeaient aux côtés de la cheffe du gouvernement désignée.

À l’issue de l’entretien, Nizar Baraka a indiqué que le Conseil national de l’Istiqlal examinera la participation du parti au nouveau gouvernement, rapportent LesEco.ma et Médias24, selon lequel le RNI se concertera lui aussi en interne avant de trancher.

Mise à jour du 30 septembre au soir: le MP, l’USFP et le PPS reçus à leur tour

La première journée de consultations s’est poursuivie l’après-midi avec le Mouvement populaire, dont la délégation était conduite par son secrétaire général, Mohamed Ouzzine, puis avec l’Union socialiste des forces populaires, conduite par son premier secrétaire, Driss Lachgar, avant que le Parti du progrès et du socialisme ne soit reçu en soirée, rapportent Le360, Hespress et Barlamane.

À sa sortie, le secrétaire général du PPS, Nabil Benabdallah, a déclaré que son parti n’avait pas encore arrêté sa position sur une participation au gouvernement: « Nous continuons notre débat interne pour trancher dans les prochains jours », a-t-il affirmé, selon Le360.

Il a relevé des points de convergence avec le PAM, notamment sur la situation sociale des citoyens, et appelé à « rétablir la confiance », rapportent Hespress et Barlamane.

Mise à jour du 13 octobre: Ahmed Touizi élu président de la Chambre des représentants

Ahmed Touizi, membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité, a été élu le 13 octobre président de la Chambre des représentants, conformément à l’article 62 de la Constitution, rapportent La Vie éco, Barlamane et Médias24.

Il a recueilli deux cent vingt voix sur trois cent soixante-neuf bulletins, contre cinquante-neuf pour Driss El Azami El Idrissi, président du groupe du Parti de la justice et du développement, quatre-vingt-dix bulletins ayant été déclarés nuls, selon La Vie éco et Barlamane. Il succède à Rachid Talbi Alami au perchoir de la première Chambre.

Mise à jour du 16 octobre: le gouvernement El Mansouri nommé au Palais royal de Rabat

Le Roi Mohammed VI a présidé le 16 octobre, au Palais royal de Rabat, la cérémonie de nomination des membres du nouveau gouvernement conduit par Fatima Ezzahra El Mansouri, qui ont prêté serment devant le Souverain, rapportent Infomédiaire, LesEco et LNT.

L’équipe compte trente-deux membres: la cheffe du gouvernement, dix-neuf ministres, le secrétaire général du gouvernement, Hassan Tariq, et onze ministres délégués.

Abdelouafi Laftit reste à l’Intérieur, selon LNT. Nasser Bourita est nommé aux Affaires étrangères, à la Coopération africaine et aux Marocains résidant à l’étranger, Abdellatif Ouahbi à la Justice et Ahmed Toufiq aux Habous et aux Affaires islamiques.

Fouzi Lekjaa prend l’Économie, les Finances et la Performance publique, Nizar Baraka l’Équipement, l’Eau et les Forêts, Ryad Mezzour l’Industrie, le Commerce, l’Investissement et l’Inclusion économique, et Charafat Afailal l’Énergie, les Mines et le Développement durable.

Un ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration est confié à Ahmed Rahhou, et Samir Belfkih, ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, devient porte-parole du gouvernement.

Dans les départements sociaux, Nabil Benabdallah reçoit l’Éducation nationale, le Préscolaire, la Formation professionnelle et la Qualification, Youns Bjijou la Santé et la Protection sociale, Azzeddine El Midaoui l’Enseignement supérieur, la Recherche scientifique et l’Innovation, Abderrahim Chahid l’Emploi et le Dialogue social, et Najwa Koukouss la Famille, le Développement social et l’Égalité.

Khalid Hatimy est nommé à l’Agriculture, à la Pêche maritime et à la Souveraineté alimentaire, Abdessamad Kayouh au Transport et à la Logistique, Mohamed Mehdi Bensaid à la Jeunesse, à la Culture et aux Sports, et Jalal Charaf au Tourisme, à l’Artisanat et à l’Économie solidaire.

Parmi les ministres délégués, Abdeltif Loudyi est chargé de l’Administration de la Défense nationale et Kouloub Faitah des Relations avec le Parlement et la Société civile, tous deux auprès de la cheffe du gouvernement.

Mise à jour du 22 octobre: la Chambre des représentants accorde sa confiance au gouvernement El Mansouri

La Chambre des représentants a approuvé jeudi 22 octobre, au terme d’une séance ouverte à dix heures du matin et prolongée jusque dans la soirée, le programme que Fatima Ezzahra El Mansouri lui avait présenté en début de semaine.

Le texte a recueilli deux cent quatre voix pour et cent vingt-sept contre, sur trois cent trente et un suffrages exprimés, rapportent Médias24 et LNT.

L’article 88 de la Constitution subordonne l’investiture du gouvernement à l’approbation de son programme par la majorité absolue des membres de la Chambre, soit cent quatre-vingt-dix-huit voix sur trois cent quatre-vingt-quinze, rappelle LNT.

Le PAM, le parti appelé à gouverner

Au Maroc, le parti arrivé en tête ne gouverne pas automatiquement, mais c’est dans ses rangs que le Roi choisit le chef du gouvernement. Quelle que soit la coalition qui se formera, le prochain chef de l’exécutif sera donc issu du Parti authenticité et modernité. Ce sera une première: le PAM n’a jamais dirigé de gouvernement.

D’où vient-il

Le parti est fondé en 2008 autour de Fouad Ali El Himma, et prend pour emblème un tracteur. Il se situe au centre droit, avec un discours libéral et moderniste.

Pendant la décennie où le PJD dirige le gouvernement, de 2011 à 2021, il en est le principal adversaire: deuxième en 2016 avec cent deux sièges, il siège alors dans l’opposition.

En 2021, deuxième encore avec quatre-vingt-sept sièges, il entre au gouvernement aux côtés du RNI et de l’Istiqlal. Il occupe cette fois la première place, ce qui ne lui était jamais arrivé.

Qui le dirige

Le PAM n’a pas de secrétaire général. Depuis son congrès de février 2024, il est dirigé collégialement par trois personnes: Fatima Ezzahra El Mansouri, maire de Marrakech et ministre de l’Aménagement du territoire, qui coordonne cette direction, Mohamed Mehdi Bensaïd et Fatima Saadi.

Au lendemain du vote, Fatima Ezzahra El Mansouri a fait savoir que ce modèle ne changerait pas, sauf demande du Conseil national, le parlement interne du parti.

En juillet 2026, le PAM avait fait entrer dans son bureau politique Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football, qui a occupé une place très visible dans sa campagne.

Ce qu’il promet

Le programme du PAM pour 2027-2031 a d’abord été chiffré à trois cent cinquante milliards de dirhams sur cinq ans. Fouzi Lekjaa a ensuite porté ce total à trois cent quatre-vingt-dix milliards, après l’ajout de mesures pour l’éducation et la santé.

Ses engagements les plus concrets touchent au pouvoir d’achat: une pension de retraite minimale de trois mille dirhams par mois, et une aide sociale directe relevée à mille dirhams au moins.

Selon la lecture qu’en fait Médias24, le programme prévoit aussi la gratuité des factures d’électricité inférieures à cent dirhams par mois, un impôt sur le revenu ramené à trois tranches avec un taux maximal abaissé de 37 % à 20 %, et la création d’au moins un million d’emplois pendant le mandat.

Pour payer tout cela, le parti compte d’abord sur la croissance: il table sur 5 % par an, qui augmenterait les recettes de l’État, tout en maintenant le déficit budgétaire autour de 3 %. Ce programme reste celui d’un parti qui détient un quart des sièges. Ce qu’il en restera dépendra des partenaires avec lesquels il devra gouverner.

Qui pourrait diriger le gouvernement

Le jeudi 24 septembre, en conférence de presse à Rabat, Fatima Ezzahra El Mansouri a rappelé que la nomination revient au Roi seul, et s’est gardée de se présenter comme la candidate naturelle. Elle a cité elle-même d’autres noms, rapporte Médias24:

« Si Sa Majesté me fait l’honneur de me nommer, j’accepterai bien évidemment, mais s’il préfère un autre membre de notre parti comme Fouzi Lekjaa, Mehdi Bensaid, Samir Belfkih, je me soumettrai à sa décision pour l’intérêt de notre pays. »

Si le choix se portait sur elle, Fatima Ezzahra El Mansouri deviendrait la première femme à diriger un gouvernement marocain.

Avec qui

Pendant la campagne, la direction du PAM avait dit ne pas vouloir d’alliance avec le RNI. Depuis sa victoire, le ton a changé. « Il n’y a pas de parti avec lequel nous refusons d’échanger autour de la même table », a déclaré Fatima Ezzahra El Mansouri, pour qui il n’existe « pas de ligne rouge ».

La décision sur les alliances reviendra au Conseil national du parti, et les programmes, dit-elle, en seront la base.

Aziz Akhannouch, dont le RNI perd la première place, a félicité le PAM et dit respecter le choix des électeurs. Abdelilah Benkirane, lui, a déclaré que le PJD ne pouvait « en aucun cas » participer à un gouvernement mené par le PAM, une position que doivent encore confirmer les instances de son parti.

Les autres forces de la Chambre

Le Rassemblement national des indépendants, fondé en 1978 et dont l’emblème est une colombe, est un parti libéral, proche des milieux d’affaires. Il a dirigé le gouvernement sortant sous Aziz Akhannouch, qui a quitté la présidence du parti en février 2026; Mohamed Chaouki lui a succédé. Vainqueur en 2021 avec cent deux sièges, il en perd trente-six.

Héritier du mouvement national et du Manifeste de l’indépendance du 11 janvier 1944, le Parti de l’Istiqlal (« indépendance » en arabe) est le plus ancien des partis en lice, de sensibilité conservatrice. Son secrétaire général, Nizar Baraka, est ministre de l’Équipement et de l’Eau dans le gouvernement sortant.

Le Parti de la justice et du développement, dont le symbole est une lampe, est un parti islamiste conservateur. Il a dirigé le gouvernement de 2011 à 2021 avant de s’effondrer en 2021. Sous Abdelilah Benkirane, revenu à sa tête après cette défaite, il quadruple son nombre de sièges et se place d’emblée dans l’opposition.

Le Mouvement populaire, ancré dans le monde rural et amazigh, est dirigé par Mohamed Ouzzine. L’USFP de Driss Lachgar et le PPS de Nabil Benabdallah incarnent la gauche historique; tous trois siégeaient dans l’opposition. L’Union constitutionnelle, conduite par Mohamed Joudar, est un parti libéral.

Aucun parti fondé depuis 2021 n’entre à la Chambre: la seule nouveauté est l’Alliance de la gauche, une coalition électorale qui réunit le Parti socialiste unifié et la Fédération de la gauche démocratique sous un même bulletin, et qui passe de deux sièges environ à huit.

Pourquoi personne ne gouverne seul

Un parti qui arrive largement en tête dans une circonscription n’y remporte pas forcément plus de sièges que ses concurrents. Tout vient de la règle de calcul.

Le Maroc vote à la proportionnelle: dans chaque circonscription, les sièges sont répartis entre les listes selon leurs voix. Pour savoir combien de voix « valent » un siège, on calcule un quotient électoral.

Depuis 2021, ce quotient s’obtient en divisant le nombre d’inscrits, et non le nombre de votants, par le nombre de sièges à pourvoir. Chaque liste obtient autant de sièges que ses voix contiennent de fois ce quotient; les sièges restants vont aux listes dont le « reste » de voix est le plus élevé.

Prenons une circonscription imaginaire de cent mille inscrits et cinq sièges: le quotient est de vingt mille voix.

La liste A obtient cinquante-deux mille voix, soit deux sièges, et il lui reste douze mille voix. La liste B, vingt-huit mille voix: un siège, et un reste de huit mille.

La liste C, quinze mille voix: aucun siège entier, mais un reste de quinze mille. La liste D, cinq mille.

Deux sièges restent à attribuer: ils vont aux plus gros restes, C puis A. Résultat: trois sièges pour A, un pour B, un pour C.

Or quand six inscrits sur dix ne votent pas, le quotient devient très élevé au regard des voix réellement exprimées, et presque tous les sièges se jouent sur les restes. Le premier d’une circonscription n’y prend souvent qu’un siège, comme ses suivants.

Le système disperse les sièges entre de nombreux partis, et aucun seuil minimal de voix ne vient en écarter les plus petits: il a été supprimé en 2021. C’est ce mécanisme, bien plus que l’humeur de l’électorat, qui rend les coalitions inévitables.

Ajoutons une nouveauté de 2026. La Chambre se remplit à deux étages: trois cent cinq sièges sont pourvus dans quatre-vingt-douze circonscriptions locales, et quatre-vingt-dix dans douze circonscriptions régionales.

Depuis la loi organique n° 53.25, publiée au Bulletin officiel le 29 janvier 2026, les listes régionales sont exclusivement composées de femmes, qui restent libres de se présenter aussi sur les listes locales.

La même loi finance jusqu’aux trois quarts des dépenses de campagne des listes de candidats de moins de trente-cinq ans, et punit de deux à cinq ans de prison la diffusion de fausses informations destinées à fausser le scrutin.

Comment naît un gouvernement

La suite est écrite dans la Constitution de 2011. Son article 47 en fixe la première règle:

« Le Roi nomme le Chef du Gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des Représentants, et au vu de leurs résultats. Sur proposition du Chef du Gouvernement, Il nomme les membres du gouvernement. »

Concrètement, le Roi choisit une personnalité du PAM et la charge de former un gouvernement. Celle-ci négocie avec d’autres partis pour réunir au moins cent quatre-vingt-dix-huit députés, puis propose au Roi la liste de ses ministres.

Il reste enfin le vote d’investiture, que prévoit l’article 88: le chef du gouvernement présente son programme devant les deux chambres réunies, et le gouvernement n’est investi qu’une fois ce programme approuvé par la majorité absolue des membres de la Chambre des représentants, soit cent quatre-vingt-dix-huit voix. Les contestations de résultats, elles, suivent leur propre chemin, devant la Cour constitutionnelle.

Rapide, ou très long

La Constitution ne fixe aucun délai, et l’histoire récente offre les deux extrêmes.

En 2021, le vote a eu lieu le 8 septembre; deux jours plus tard, le Roi recevait Aziz Akhannouch au palais royal de Fès et le nommait chef du gouvernement. Le RNI, le PAM et l’Istiqlal s’entendaient le 22 septembre, et le gouvernement était nommé le 7 octobre: vingt-neuf jours en tout.

En 2016, il en avait fallu près de six mois. Abdelilah Benkirane, dont le PJD était arrivé en tête le 7 octobre, fut reconduit trois jours après le scrutin, mais les négociations s’enlisèrent: c’est ce que la presse a appelé le « blocage ».

Le 15 mars 2017, le Roi mettra fin à sa mission et nommera deux jours plus tard Saadeddine El Othmani, du même parti, qui formera son gouvernement le 5 avril.

Les calculs

Avec ses quatre-vingt-dix-sept sièges, le PAM doit en trouver cent un de plus. La solution la plus simple reconduit la majorité sortante: le PAM, le RNI et l’Istiqlal totalisent deux cent vingt-huit sièges, mais dans un ordre inversé, le PAM passant devant.

Encore faut-il que la rivalité de la campagne s’apaise: le 31 août, selon Le360, Fatima Ezzahra El Mansouri et Mohamed Mehdi Bensaïd avaient exclu le RNI des alliances du PAM, avant que la première ne parle d’une position personnelle. « Après la victoire de notre parti, la question ne se pose plus », a-t-elle dit à Médias24 le 24 septembre.

Sans le RNI, le PAM et l’Istiqlal réunissent cent soixante-deux sièges: il leur faudrait au moins trente-six députés de plus, ce qui suppose un ou plusieurs partenaires supplémentaires. Les combinaisons sont nombreuses, et aucune n’est acquise.

Ce que les urnes ne décident pas

Tous les ministères ne dépendent pas de la future coalition. L’Intérieur, les Affaires étrangères, les Habous et les Affaires islamiques, l’administration de la Défense nationale et le Secrétariat général du gouvernement sont traditionnellement confiés à des personnalités sans appartenance partisane, nommées par le Roi.

Quelle que soit la majorité qui sortira des négociations, ces portefeuilles ne changeront pas de main par son fait.

Ce que l’on ne sait pas encore

Le nom du futur chef du gouvernement n’est pas connu, ni la composition de la majorité. Médias24 résume la situation d’une phrase:

« Seul le Roi connaît la réponse. »

La Chambre elle-même peut encore bouger. Électeurs, candidats, walis et gouverneurs disposent de trente jours après la proclamation des résultats pour contester l’élection d’un député devant la Cour constitutionnelle. En 2021, elle avait reçu soixante-deux recours, et en avait annulé plusieurs.

En attendant, le gouvernement d’Aziz Akhannouch reste en place et expédie les affaires courantes. Le calendrier, lui, presse: le Parlement ouvre sa session d’automne le deuxième vendredi d’octobre, soit le 9 octobre, et le projet de loi de finances pour 2027 doit lui parvenir dans la foulée.

Les résultats définitifs, avec le détail des voix, sont attendus dans les prochains jours. Cette page les ajoutera, puis la nomination du chef du gouvernement, puis la composition de son équipe, à mesure que chacun de ces actes sera rendu public.

Photo: Boubloub, CC BY-SA 4.0. Graphiques: The Moorish Times.

Références:

Médias24 - Gouvernement El Mansouri: la Chambre des représentants vote la confiance

LNT - Le gouvernement El Mansouri investi par 204 voix

Infomédiaire - SM le Roi préside la cérémonie de nomination des membres du nouveau gouvernement

LesEco - Voici la composition du nouveau gouvernement au Maroc

LNT - Le Gouvernement El Mansouri officiellement formé

La Vie éco - Ahmed Touizi élu président de la Chambre des Représentants

Barlamane - Ahmed Touizi s’installe au perchoir de la Chambre des représentants avec 220 voix face à l’abstention hostile du RNI

Médias24 - Officiel. Ahmed Touizi élu président de la Chambre des représentants

Le360 - Gouvernement: le PPS n’a «pas encore tranché» sa participation, affirme Benabdallah

Hespress FR - Benabdallah: le PPS relève des convergences avec le PAM sans trancher sur son positionnement

Hespress FR - Formation du gouvernement: Lachgar reste discret après sa rencontre avec El Mansouri

Barlamane - Le PPS évoque des «points de convergence» avec le PAM et conditionne son entrée au gouvernement à une ouverture politique préalable

LesEco.ma - Baraka: l’Istiqlal soumettra sa participation au gouvernement à son Conseil national

Médias24 - Gouvernement El Mansouri: avant de décider de leur participation, le RNI et l’Istiqlal se concerteront en interne

Barlamane - La chef du gouvernement désignée, Fatima-Ezzahra El Mansouri, reçoit la direction du parti de l’Istiqlal

Ministère de la Maison Royale, du Protocole et de la Chancellerie, via Aujourd’hui le Maroc - SM le Roi nomme Fatima Ezzahra El Mansouri Cheffe du gouvernement et la charge de former le nouveau gouvernement

LesEco.ma - Le roi Mohammed VI nomme Fatima Ezzahra El Mansouri cheffe du gouvernement

Ministère de l’Intérieur, via SNRT News - Communiqué du ministre de l’Intérieur: Les résultats définitifs des élections législatives correspondent parfaitement aux résultats généraux provisoires annoncés précédemment

Le Matin - Élections 2026: les résultats définitifs confirment le classement provisoire, avec le PAM en tête

Médias24 - Législatives 2026: les résultats définitifs confirment la victoire du PAM

Ministère de l’Intérieur, déclaration de M. Abdelouafi Laftit sur les résultats provisoires, 24 septembre 2026, reprise par la MAP.

LesEco.ma - Législatives 2026: le PAM en tête avec 97 sièges

Maroc Hebdo - Législatives 2026: Le PAM en tête avec 97 sièges, selon les résultats provisoires (Ministre de l’Intérieur)

Médias24 - Le PAM remporte les élections législatives 2026

Médias24 - PJD: après l’enthousiasme, la déception

Médias24 - Dans la circonscription régionale de Casablanca-Settat, un taux de participation de 34,60%

LesEco.ma - Législatives 2026: le taux de participation final s’établit à 38,02%

Le360 - Législatives: le PAM exclut toute alliance avec le RNI après le scrutin

Belpresse - Législatives 2026: El Mansouri clarifie sa position sur une alliance PAM-RNI

Médias24 - PAM: direction collégiale; Fatima Saadi remplace Aboulghali; Fouzi Lekjaa rejoint officiellement le PAM

Médias24 - FZ Mansouri: « Le PAM ne ferme la porte à aucun parti »

LesEco.ma - Après sa victoire, le PAM n’exclut aucun parti pour former la prochaine majorité

LesEco.ma - Future majorité: tous les jeux restent ouverts

Médias24 - Arrivé en tête des législatives, voici ce que vous a promis le PAM

LesEco.ma - Lekjaa à la CGEM: le PAM chiffre son programme à 350 milliards de DH; PAM: 390 milliards de DH sur cinq ans

Médias24 - Benkirane se prononce contre toute alliance avec le PAM; Aziz Akhannouch félicite le PAM; Après le scrutin, voici la saison des recours

Hespress - Mohamed Chaouki élu président du RNI

Médias24 - Le Roi Mohammed VI nomme Aziz Akhannouch chef du gouvernement (10 septembre 2021)

France 24 - Morocco king names Saad-Eddine El Othmani new prime minister (17 mars 2017)

Constitution du Royaume du Maroc, 2011, articles 47, 62, 65, 88 et 132.

Décret n° 2.26.190 du 12 mars 2026 fixant la date d’élection des membres de la Chambre des représentants, Bulletin officiel n° 7491 du 16 mars 2026.

Loi organique n° 27-11 relative à la Chambre des représentants, telle que modifiée par la loi organique n° 04.21 (2021) et par la loi organique n° 53.25, Bulletin officiel n° 7478 du 29 janvier 2026.

Graphiques: The Moorish Times, d’après les résultats provisoires du ministère de l’Intérieur et les taux de participation officiels de 2002 à 2026.