
e 23 septembre 2026, un mercredi, quinze millions huit cent un mille cent soixante-deux électeurs inscrits sont appelés à renouveler la Chambre des représentants. La date a été fixée par le décret n° 2.26.190 du 12 mars 2026, publié au Bulletin officiel quatre jours plus tard, et elle referme une législature entamée en 2021 sous une majorité de trois partis. Entre-temps, le droit électoral a été refait: trois textes promulgués en janvier 2026 ont retouché la loi organique de la Chambre, celle des partis politiques et la loi sur les listes électorales.
Ce qui suit tient en quatre questions: qu’élit-on au juste, qui se présente, comment vote-t-on, et que peuvent faire les Marocains établis hors du Royaume. La dernière est celle qui revient le plus souvent, et c’est celle dont la réponse a le moins changé.
Ce que l’on élit le 23 septembre
Trois cent quatre-vingt-quinze sièges, répartis en deux étages. Trois cent cinq sont pourvus dans quatre-vingt-douze circonscriptions locales, qui comptent chacune de deux à six sièges. Les quatre-vingt-dix restants relèvent de douze circonscriptions régionales, une par région, de trois sièges pour Dakhla-Oued Eddahab à douze pour Casablanca-Settat. La majorité absolue est à cent quatre-vingt-dix-huit.
C’est sur ce second étage que porte la principale nouveauté de 2026. Depuis la réforme de 2021, les quatre-vingt-dix sièges régionaux avaient remplacé l’ancienne liste nationale, avec l’obligation d’y placer une majorité de femmes; la loi organique 53.25, promulguée par dahir le 16 janvier 2026, va au bout du raisonnement et réserve ces circonscriptions régionales aux seules femmes. Les femmes restent naturellement candidates sur les listes locales, où rien ne les limite. Les trente sièges autrefois réservés aux moins de quarante ans, eux, ne sont pas revenus: la jeunesse est désormais encouragée par l’argent public et non par un quota, avec un plafond d’âge abaissé à trente-cinq ans et une aide majorée pour les sièges qu’elle remporte.
Le quotient électoral, ou l’arithmétique qui fabrique les coalitions
Le scrutin est proportionnel à listes bloquées, au plus fort reste. Reste à savoir ce que l’on divise. Depuis 2021, le quotient électoral s’obtient en divisant le nombre d’inscrits de la circonscription par le nombre de sièges à pourvoir, et non le nombre de suffrages exprimés. La différence n’est pas technique: dans une circonscription qui compte deux à six sièges et où la participation dépasse rarement la moitié du corps électoral, le quotient est si haut qu’une liste en tête n’emporte presque jamais plus d’un siège. Le Parlement a examiné en décembre 2025 des amendements qui revenaient aux suffrages exprimés, ou rétablissaient un seuil de 3 %; ils ont été écartés en commission.
Il n’existe donc aucun seuil de représentation: les barrières de 6 % locale et de 3 % nationale ont disparu en 2021 et n’ont pas été rétablies. Trois chiffres circulent qu’il ne faut pas confondre avec un seuil: 5 % des suffrages exprimés conditionnent le remboursement du cautionnement de candidature, 2 % des inscrits ouvrent l’aide publique aux listes indépendantes, et un cinquième des inscrits est exigé d’une liste qui se présenterait seule dans sa circonscription. Le système distribue les sièges en fines tranches, et c’est de là que sortent, mécaniquement, les gouvernements à trois partis.
Les partis en présence
Le paysage se lit encore à travers le 8 septembre 2021, dont la participation officielle s’était établie à 50,35 %. Le Rassemblement national des indépendants y avait pris cent deux sièges, le Parti authenticité et modernité quatre-vingt-sept, l’Istiqlal quatre-vingt-un. Ces trois-là gouvernent ensemble depuis, avec deux cent soixante-dix sièges au départ. Derrière eux: l’Union socialiste des forces populaires avec trente-quatre sièges, le Mouvement populaire vingt-huit, le Parti du progrès et du socialisme vingt-deux, l’Union constitutionnelle dix-huit, et le Parti de la justice et du développement treize, après en avoir détenu cent vingt-cinq.
La majorité sortante
Le RNI aborde le scrutin avec un président qui n’est plus son visage. Aziz Akhannouch, chef du gouvernement depuis octobre 2021, a renoncé à un troisième mandat à la tête du parti, que les statuts limitent à deux; un congrès extraordinaire réuni à El Jadida le 7 février 2026 a élu Mohamed Chaouki à sa place. Akhannouch reste chef du gouvernement et la figure dominante de la campagne. Autour d’eux, le parti tient l’Économie et les Finances avec Nadia Fettah Alaoui, l’Éducation nationale avec Mohamed Saad Berrada, la Santé avec Amine Tahraoui, l’Agriculture avec Ahmed El Bouari, le Tourisme avec Fatim-Zahra Ammor, et la présidence de la Chambre des représentants avec Rachid Talbi Alami.
Le PAM n’a pas de secrétaire général: depuis son congrès de février 2024, il est dirigé collégialement par Fatima Ezzahra El Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire et maire de Marrakech, qui en coordonne la direction, aux côtés de Mohamed Mehdi Bensaïd, ministre de la Jeunesse et de la Culture, et de Salaheddine Aboulghali. Abdellatif Ouahbi, qui présidait le parti jusqu’en 2024, a gardé la Justice. Le parti compte aussi Younes Sekkouri à l’Emploi, Leila Benali à la Transition énergétique, et a accueilli en juillet 2026 dans son bureau politique Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football.
L’Istiqlal se présente derrière Nizar Baraka, secrétaire général et ministre de l’Équipement et de l’Eau, candidat à Larache. Le parti aligne plusieurs de ses ministres sur des circonscriptions: Ryad Mezzour, à l’Industrie et au Commerce, et Abdessamad Kayouh, aux Transports. Mohamed Ould Errachid, istiqlalien, préside la Chambre des conseillers, qui n’est pas renouvelée le 23 septembre.
L’opposition
L’USFP a refusé en 2021 d’entrer au gouvernement et le paie en visibilité plus qu’en sièges. Driss Lachgar en est premier secrétaire depuis 2012, reconduit pour un quatrième mandat au congrès de Bouznika en octobre 2025; le groupe parlementaire est présidé par Abderrahim Chahid. Le Mouvement populaire, conduit depuis novembre 2022 par Mohamed Ouzzine, également vice-président de la Chambre, mène une campagne d’opposition frontale. Le PPS de Mohamed Nabil Benabdallah aborde le scrutin en sachant que son secrétaire général quittera la direction après le vote, au prochain congrès.
Le PJD, enfin, joue la partie la plus singulière. Abdelilah Benkirane, revenu au secrétariat général après la déroute de 2021 et reconduit au congrès d’avril 2025 pour un mandat courant jusqu’en 2029, ne sera pas candidat: le parti l’a annoncé en mai 2026. Il fera campagne sans se présenter, et c’est Abdellah Bouanou, président du groupement parlementaire, qui porte la voix du parti dans l’hémicycle.
Les autres
L’Union constitutionnelle, dirigée par Mohamed Joudar depuis 2022, n’a pas de ministre et siège avec le Mouvement démocratique et social dans un même groupe. À gauche de la gauche, la Fédération de la gauche démocratique et le Parti socialiste unifié ont formé en juin 2026 une Alliance de la gauche et présentent des listes communes, sans fusionner: deux partis, deux directions, un même bulletin.
Il faut ajouter que cinq départements ne se jouent pas dans les urnes. L’Intérieur, avec Abdelouafi Laftit, les Affaires étrangères, avec Nasser Bourita, les Habous et les Affaires islamiques, avec Ahmed Toufiq, l’administration de la Défense nationale, avec Abdellatif Loudyi, et le Secrétariat général du gouvernement relèvent de la nomination royale et non de l’arithmétique des listes. Quelle que soit la coalition qui sortira du 23 septembre, ces cinq-là ne changeront pas de main par son fait.
Comment on vote
Le calendrier est serré. Le dépôt des candidatures s’ouvre le 31 août à huit heures et se ferme le 9 septembre à midi, la plateforme électronique fermant elle-même la veille à midi: un dossier déposé en ligne de façon incomplète est nul, et l’original doit être remis en main propre à la préfecture ou à la province pour les listes locales, à la wilaya pour les listes régionales. La campagne officielle court du 10 septembre à zéro heure au 22 septembre à minuit. Le 23, on vote de huit heures à dix-neuf heures.
Un seul document est exigé au bureau: la carte nationale d’identité électronique. L’avis remis par les autorités locales entre le 24 août et le 22 septembre indique le bureau, la date et les horaires, mais il n’est en aucun cas exigible pour voter, et le ministère de l’Intérieur l’a rappelé dans son communiqué du 24 août. Qui a perdu le sien, ou n’en a jamais reçu, retrouve son bureau sur le portail listeselectorales.ma, ou en envoyant gratuitement son numéro de carte d’identité au 2727.
Dans l’isoloir, un seul bulletin porte les deux scrutins. L’électeur y appose une marque en face de la liste locale de son choix et une seconde en face de la liste régionale, puis plie le bulletin et le dépose dans l’urne. Les listes bloquées interdisent le panachage comme le vote préférentiel: on choisit une liste, jamais un nom à l’intérieur d’une liste. Le décret n° 2.26.278 d’avril 2026 en fixe la mise en page, les listes locales rangées verticalement de droite à gauche par ordre d’enregistrement, la liste régionale de chaque parti placée à gauche de sa liste locale. Marquer deux listes du même étage annule le vote pour cet étage.
L’inscription, elle, est close. La révision des listes s’est tenue du 15 mai au 13 juin, et les listes ont été arrêtées le 10 juillet 2026. Qui ne s’y est pas inscrit ne votera pas le 23 septembre.
Les Marocains de l’étranger
La réponse tient en une phrase: on ne vote pas dans les consulats, on vote par procuration. L’article 17 de la Constitution de 2011 reconnaît aux Marocains résidant à l’étranger « les droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles », et renvoie à la loi le soin de déterminer les conditions et les modalités de l’exercice effectif du droit de vote et de candidature « à partir des pays de résidence ». Cette dernière phrase est une habilitation, non une procédure. Quinze ans plus tard, la loi organique de la Chambre des représentants ne crée toujours aucun bureau de vote hors du territoire: ses bureaux sont désignés par le gouverneur, au Maroc.
Ce que la loi organise, c’est la procuration, et elle est propre aux résidents à l’étranger: un électeur établi au Maroc, lui, ne peut pas voter par procuration. Le mandant, inscrit sur les listes générales, remplit son formulaire sur la plateforme ouverte du 24 août au 22 septembre à midi, y porte son numéro de carte d’identité, son numéro d’immatriculation consulaire, sa commune d’inscription, puis l’identité du mandataire; il télécharge le document et le lui transmet. Le mandataire doit être inscrit sur une liste communale au Maroc, sans condition de parenté, et ne peut porter qu’une seule procuration. Le jour venu, il vote dans le bureau du mandant, carte d’identité et procuration en main. La démarche est numérique; le bulletin, lui, tombe dans une urne marocaine.
Se présenter, en revanche, est ouvert. L’article 22 de la loi organique autorise les Marocains de l’étranger à figurer sur les listes locales et régionales, aux mêmes formes et aux mêmes délais que les autres, sous une réserve: être inéligible si l’on exerce dans le pays de résidence une fonction gouvernementale, élective ou publique. La réforme de janvier 2026 y a ajouté deux pièces, un extrait de casier judiciaire délivré par l’État de résidence et un titre de séjour en cours de validité. Il n’existe en revanche aucune circonscription de la diaspora: on se présente dans une circonscription du Royaume, pas dans une circonscription d’Europe ou des Amériques.
Le vote consulaire n’a pourtant rien d’inconcevable: le référendum constitutionnel du 1er juillet 2011 s’est tenu dans les ambassades et les consulats. L’opération n’a jamais été reconduite pour des législatives. Les amendements en ce sens ont été repoussés en 2021, puis de nouveau en décembre 2025, et les propositions déposées par le PPS, le PJD, l’Istiqlal et l’USFP, qui allaient du vote direct depuis le pays de résidence à la création de sièges réservés, n’ont pas été retenues. La Cour constitutionnelle, saisie du texte de 2026, a jugé la procuration électronique conforme à la Constitution: elle a validé le moyen choisi par le législateur, elle n’a pas dit que l’article 17 en exigeait un autre. Le 23 septembre, la diaspora votera donc par mandat interposé, ou en rentrant.
Reste la question que ni les textes ni les listes ne trancheront avant le soir du 23. En 2021, un électeur inscrit sur deux s’était déplacé. Le quotient calculé sur les inscrits fait de l’abstention une variable de l’attribution des sièges autant qu’un jugement politique: plus les urnes restent vides, plus haute est la barre, et plus les restes décident. C’est peut-être la seule chose que ce scrutin dira sans ambiguïté.
Mise à jour du 20 septembre: le gouvernement demande des facilités pour aller voter
Dans un communiqué diffusé le vendredi 18 septembre, le chef du gouvernement a appelé les responsables des administrations publiques, les directeurs des établissements et entreprises publics et les présidents des conseils des collectivités territoriales à accorder à leurs cadres, fonctionnaires, employés et agents les facilités nécessaires pour se rendre aux urnes le 23 septembre, sans porter atteinte au bon fonctionnement des services et des administrations. Le même appel est adressé aux responsables des entreprises du secteur privé, invités à prendre les mesures permettant à leurs salariés d’exercer leur droit de vote le jour du scrutin. Le communiqué ne fixe ni durée ni modalités: l’organisation reste à la main de chaque responsable.
Photo: Pilecka, CC BY-SA 3.0.
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Constitution du Royaume du Maroc, 2011 — article 17.
Loi organique n° 27-11 relative à la Chambre des représentants, telle que modifiée par la loi organique n° 53.25, dahir n° 1.25.70 du 16 janvier 2026, Bulletin officiel n° 7478 du 29 janvier 2026.
Décret n° 2.26.190 du 12 mars 2026 fixant la date d’élection des membres de la Chambre des représentants, Bulletin officiel n° 7491 du 16 mars 2026.
Décret n° 2.26.278 modifiant le décret n° 2.11.605 relatif au bulletin de vote, Bulletin officiel n° 7502 du 23 avril 2026.
Cour constitutionnelle — décision n° 259/25 M.D. du 24 décembre 2025.
Ministère de l’Intérieur — communiqué du 24 août 2026 et portail des listes électorales.



