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Peto Syarif, le Héros Indonésien et la Légende de sa Mère Marocaine

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n 1837, les Hollandais entrent dans le fort de Bonjol, au cœur de Sumatra. Son chef, Tuanku Imam Bonjol, finira ses jours en exil à l’autre bout de l’archipel. L’Indonésie en a fait un héros national. On l’appelait aussi Peto Syarif, et une tradition, reprise par des auteurs indonésiens, veut que sa mère soit venue d’Afrique du Nord, voire du Maroc.

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Une mère venue de loin

Les sources sur sa vie sont de trois sortes: les tambo, chroniques traditionnelles du Minangkabau, les récits de sa famille et les écrits des auteurs hollandais. Selon les tambo, il naît en 1772 à Bonjol, dans le Pasaman, à l’ouest de Sumatra, sous le nom de Muhammad Syahab. Son père, Bayanuddin, est un maître religieux minangkabau originaire de Sungai Rimbang, dans l’actuel district de Lima Puluh Kota. Sa mère s’appelle Hamatun.

C’est elle qui nous intéresse. Certains récits indonésiens la disent nord-africaine, venue s’installer à Bonjol avec son frère; une biographie publiée par Kompas en 2025 la fait venir du Maroc. L’historien américain Jeffrey Hadler relève que ces récits, attestés depuis au moins 1946, font de ses parents des Arabes, voire des Marocains, mais que ni les mémoires de l’imam ni les sources hollandaises de l’époque ne mentionnent d’ancêtres étrangers. Disons-le donc clairement: l’origine marocaine de Peto Syarif est une tradition, non un fait établi.

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Peto Syarif, l’élève

Bonjol, dans le Pasaman, à l’ouest de Sumatra.

L’enfant a sept ans quand son père meurt. Sa grand-mère l’élève et poursuit son instruction religieuse; c’est à cette époque qu’on le surnomme Peto Syarif. Outre le Coran, il apprend la forge, l’exploitation minière, le silat, l’art martial de la région, et les savoirs qu’un jeune Minangkabau se doit de posséder.

Il part ensuite étudier auprès de plusieurs maîtres. À vingt ans, Tuanku Koto Tuo en fait son assistant. En 1800, il reçoit le titre de Malim Basa, le « grand maître », puis part se perfectionner à Aceh, foyer des grands oulémas, avant de rentrer au pays en 1802.

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Le fort de Bonjol

Gravure représentant la guerre des Padri.

En 1803, Malim Basa rejoint à Kamang le prédicateur Tuanku Nan Renceh, l’un des huit chefs du mouvement Padri, qui entend purifier la pratique de l’islam au Minangkabau. Cette même année éclate la guerre des Padri, d’abord une guerre civile entre les Padri et les tenants de l’adat, la coutume. Tuanku Nan Renceh le nomme imam des Padri de Bonjol et le charge d’y bâtir une forteresse sur la colline de Tajadi. Muhammad Syahab devient alors Tuanku Imam Bonjol. Il ne fonde donc pas le mouvement: il y entre, puis en prendra la tête en 1820, à la mort de Tuanku Nan Renceh.

En 1821, la guerre change de nature. Pressés par les Padri, les chefs de l’adat et le sultan Alam Bagagarsyah, dernier roi de Pagaruyung, appellent les Hollandais à l’aide. La guerre civile devient une guerre coloniale. Retenus à Java par la révolte du prince Diponegoro, les Hollandais proposent en 1825 un cessez-le-feu.

Tombeau de Peto Syarif.
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La chute et l’exil

La trêve ne durera pas. La guerre de Diponegoro terminée, les Hollandais reviennent en force. Tuanku Imam Bonjol réussit pourtant un rapprochement: à la fin de 1832, Padri et partisans de l’adat s’entendent sur les pentes du mont Tandikat contre l’occupant. Bonjol tiendra encore plusieurs années. En 1837, le fort tombe.

Attiré dans une négociation, Tuanku Imam Bonjol est arrêté. Il est exilé à Cianjur, dans l’ouest de Java, puis à Ambon, et enfin à Lotak, dans la Minahasa, au nord de Sulawesi. Il y meurt en novembre 1864, et il est inhumé à Lotak. Certains auteurs, relève Hadler, placent sa mort dix ans plus tôt, en 1854.

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Un héros discuté

Le 6 novembre 1973, un décret présidentiel, le n° 087/TK/1973, fait de Tuanku Imam Bonjol un héros national de l’Indonésie. Le 6 novembre 2001, son portrait apparaît sur le billet de 5 000 roupies de la Bank Indonesia.

Ce titre ne fait pourtant pas l’unanimité. Des auteurs mandailing, peuple batak visé par les campagnes des Padri, ont dénoncé la violence de l’imam, et une campagne a même réclamé, sans succès apparent, qu’on lui retire son titre de héros national. Jeffrey Hadler a consacré à l’historiographie de cette violence, et aux usages que l’État indonésien a faits de la figure de l’imam, une étude parue en 2008. Héros de l’indépendance pour les uns, prédicateur rigoriste pour les autres, Peto Syarif reste un personnage d’histoire: discuté, donc vivant.

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Références:
  1. Widya Lestari Ningsih, « Siapa Nama Asli Tuanku Imam Bonjol? », Kompas.com, 10 novembre 2022. https://www.kompas.com/stori/read/2022/11/10/170000779/siapa-nama-asli-tuanku-imam-bonjol-
  2. Widya Lestari Ningsih, « Biografi Tuanku Imam Bonjol, Pimpinan Tertinggi Perang Padri », Kompas.com, 27 mars 2025. https://www.kompas.com/stori/read/2025/03/27/230000779/biografi-tuanku-imam-bonjol-pimpinan-tertinggi-perang-padri
  3. Jeffrey Hadler, « A Historiography of Violence and the Secular State in Indonesia: Tuanku Imam Bondjol and the Uses of History », The Journal of Asian Studies, vol. 67, no 3, août 2008, p. 971-1010. https://doi.org/10.1017/S0021911808001228