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Le Chiisme des Idrissides

Culture
18/7/2021
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Qu'est ce que le chiisme ?

En effet, le chiisme ne saurait-être réduit à une seule tendance, un bloc monolithe idéologique. Je vais ici énumérer insha Allah les principaux courants chiites.

Lors du conflit politique entre 'Ali et Mu'awiya (رضي الله عنهم), les partisans de Ali (رضي الله عنه) furent appelés «شيعة علي», traduction : les partisans de 'Ali.

'Ali, (رضي الله عنه) eut deux fils avec Fatima (رضي الله عنها) : Al-Hassan et Al-Hussein (رضي الله عنهم), nous ne parlerons pas ici du troisième (Mohammed Ibn Al Hanafiya), qu'il eut avec Khawlah Bint Ja'far.

A sa mort, deux courants naquirent au sein du «chiisme» politique qui s'était formé autour de lui :  les chiites suiveurs de Al-Hassan, et les chiites suiveurs de Al-Hussein (رضي الله عنهم). Al-Hussein (رضي الله عنه) eut un fils, 'Ali, qui lui même eut deux fils : Muhammad Al-Baqir, et Zayd Ibn 'Ali. Le groupe des Zaydites (que nous verrons un peu plus en détail par la suite) estima que c'était Zayd Ibn 'Ali qui était le meilleur successeur, tandis que le reste des courants chiites s'accordent sur le fait que Mohammd Al-Baqir était, des deux, celui qu'il fallait suivre. Le successeur de Muhammad Al-Baqir était Ja'far Al-Sadiq (très influent et respecté dans le madhab Malikite au passage). La succession de Ja'far Al-Sadiq créa à nouveau deux courants divergents, qui vont donner les deux plus grands courants chiites en date. Parmi ses cinq enfants, deux sortirent du lot : Isma'il fut considéré comme successeur par les Ismaélites, et Moussa Al-Kazhim fut considéré comme successeur par les duodécimains (الاثني عشرية) (aussi appelés imamites ou ja'farites).

Ainsi on comprend que le «chiisme» était en premier lieu politique. Le dogme de l'infaillibilité, l’ésotérisme autour des imams, et autres innovations, ne furent développés que tardivement, autour du 10ème siècle par les duodécimains.

Par exemple, Yahya Ibn Ma'in fut questionné par l'Imam Ahmad, car il ne comprenait pas pourquoi celui-ci pensait que l'imam Al-Shafi'i était chiite. Yahya Ibn Ma'in lui répondit que dans son chapitre de fiqh sur les injustes, Al-Shafi'i avait placé Ahl Al Bayt dans les victimes de l'injustice, et le parti Omeyyade en tant qu’oppresseurs. On comprend ainsi que le fait d'être affilié ou non au « chiisme » était essentiellement conditionné par sa position sur le conflit entre Mu'awiya et 'Ali. Et ce, même de façon supposée car en réalité l'Imam Al-Shafi'i ne l'était pas, mais le simple fait que Yahya Ibn Ma'in le pense révèle qu'il est principalement question de politique.

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Le courant du zaydisme :

Aujourd'hui, lorsque l'on parle de «chiisme» ou de «chiites», plusieurs éléments ressortent dans l'imaginaire de beaucoup de personnes : l'insulte des compagnons, un fiqh et un héritage drastiquement différents de ceux des sunnites,  l’élévation des «imams» au rang d'individus infaillibles et mystiques, la croyance en la falsification du Coran etc.…

Or, comme nous allons le voir, ces éléments sont étrangers au zaydisme traditionnel.

Tout d'abord, il faut savoir que l'une des raisons pour lesquelles les duodécimains et ismaélites n'ont pas suivi Zayd Ibn 'Ali, est le fait qu'il a clairement ,et de façon notoire, affirmé son respect pour les premiers Caliphes bien guidés et compagnons, disant qu'il n'a entendu de son père que du bien sur eux, et demandant la miséricorde d'الله  pour eux

[…] لا أقول فيهم إلاّ خيراً وما سمعت من أبي فيهم إلاّ خيراً

« رحمهما اللّه وغفر لهما ما سمعت أحداً من أهل بيتي يتبرّأ منهما ولا يقول فيهما إلاّ خيراً [...]».  Suite à cette prise de position claire, certains «chiites» ont rejeté Zayd Ibn 'Ali et sa légitimité religieuse, c'est à partir de là que l’appellation "رافضي"  (celui qui rejette/refuse) a commencé à être utilisée pour désigner les chiites hostiles sans nuances et systématiquement aux premiers Caliphes et compagnons. Une appellation qui est donc par définition contraire au zaydisme et ses fondements.

Sans compter les nombreuses paroles de grands savants zaydites allant dans ce sens et l'appuyant.

Nous avons par exemple l'immense référence du zaydisme, l'imam du 14èeme siècle grégorien, Al Imam Al-Mahdi Ahmad Ibn Yahya, qui ne faisait pas la différence entre ceux qui insultaient 'Ali, et Abu Bakr ou Omar : voir page 49    

Une autre immense référence du zaydisme du 9eme siècle grégorien, Al-Imam Al-Hadi, avait statué fermement et clairement sur la flagellation de ceux qui insultaient les compagnons  (voir page 174).

Il existe encore des centaines de citations allant dans ce sens, et ceci révèle que le zaydisme dans sa tradition et son essence est profondément opposé à l'insulte et la malédiction des compagnons. Notons que chez les zaydites le Coran n'a pas été corrompu par les compagnons, et a été préservé, ceci est notoire chez eux.

Pour ce qui est de l'infaillibilité des imams («العصمة»), le zaydisme se démarque des autres courants «chiites», en affirmant qu'un gouverneur peut être légitime politiquement, même si d'autres prétendants à la régence existent et qu'ils soient meilleurs. Les conditions pour accéder au pouvoir sont également beaucoup plus larges que le simple fait d'être descendant de Nabi il faut être pieux et fiable de façon notoire, et avoir atteint le degré d'ijtihad au niveau de tous les domaines islamiques. Nous sommes ici bien loin de l'ésotérisme et mysticisme mis en avant par les ismaélites et duodécimains par rapport aux imams et à leur légitimité.

Ensuite, au niveau du fiqh, comment peut-on situer le zaydisme par rapport aux écoles traditionnelles sunnites ?

Le fiqh zaydite est extrêmement similaire au fiqh hanafite, et pour cause : l'Imam Yahya Ibn Al-Hussein Al-Hadi, vu plus haut, le fondateur du zaydisme en tant qu'entité idéologique et même politique distincte, a pris son fiqh auprès des hanafites, et ceci est vérifiable en observant ses positions juridiques dans ses ouvrages de fiqh comme Al Ahkam Fi Al Halal wa Al Haram entre autre, ou une grande partie des avis sont ceux d'Abu Hanifa. Lorsqu'on sait qu'Abu Hanifa était très attaché à Ahl Al Bayt (son école étant considérée comme celle de Ahl Al Bayt, car énormément d'avis proviennent de 'Ali et Abdullah Ibn Mas'oud), et qu'il avait financé et supporté la révolte de  Zayd Ibn 'Ali (auprès de qui il a étudié) contre les Omeyyades, ceci paraît plus que logique. Les zaydites utilisent également les différents recueils sunnites de hadith dans leur ijtihad (Al-Boukhari le plus connu entre autre), d'autant plus que des références du zaydisme se trouvent dans plusieurs chaînes de transmissions des divers recueils. Ajoutons à cela les paroles de très grands savants zaydites comme Ibn Al-Wazir ou encore Ibn Isma'il Al-San'ani (respectivement du 15ème et du 18 siècle grégorien) , qui ont à maintes reprises réfuté les duodécimains et affirmé clairement leur proximité avec les sunnites, considérant le zaydisme comme une école sunnite parmi les autres.

Ainsi, tous ces éléments différencient objectivement et sans ambiguïté les zaydites des rawafid, et par extension de toutes les dérives et dogmes propres à ces derniers.

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Et Idriss I dans tout ça ?

Après avoir démontré que le chiisme était très diversifié en tendances, et que l'école du zaydisme était sur énormément de points similaire (même affiliée) au sunnisme, comment placer Idriss Ibn Abdallah Al-Kamil dans la problématique «chiite»  et politique ?

Comme vu précédemment, le chiisme était en premier lieu et avant tout un prise de position politique. Et c'est en qualité de descendant de Nabi ﷺ  , et opposant politique aux Abbassides (qui s'étaient en premiers lieux insurgés contre les Omeyyades en tant que défenseurs et portes étendards  de Ahl Al-Bayt) qu'Idriss fut combattu et contraint à l'exil du Hijzaz vers Al-Maghrib Al-Aqsa pour fuir les massacres des descendants de Nabi ﷺ  Là-bas, il allait fonder son propre royaume, la première entité politique musulmane réellement distincte de toute influence Abbasside d'Iraq et Omeyyade en Andalousie.

Ainsi, la fondation de son royaume et sa dynastie ne reposent en aucun cas sur une hérésie ésotérique/mystique,basée sur le rejet et la malédiction traditionnelle des compagnons, comme celle des Fatimides ismaélites d'Egypte, ou des Safavides duodécimains d'Iran. Mais bien sur la descendance de Nabi ﷺ  et l'opposition politique aux régimes injustes et oppresseurs de la descendance de Nabi ﷺ  et de leurs soutiens.

Fin du thread, en espérant avoir été le plus clair, complet et concis possible. و الله اعلم.

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Références :

الصحابة عند الزيدية de محمد عزان

تارخ الطبري

مناقب الامام ابي حنيفة

مناقب الشافعي

الأحكام في الحلال والحرام

العواصم والقواصم في الذب عن سنة أبي القاسم